LysanderLysander
Tome 19 - La Tour gelée

La Tour gelée


LES CHAMPIONS D’ALEAR


LA MALEDICTION DE STRAHD

Première de couverture

 

 

Garde intérieure

 

 

SPEEDRUN

Dans la montagne, les compagnons trouvent refuge dans une tour dont les écrits évoquent les prisonniers de l’ambre et un culte sans réponse. Silat seul déchiffre les fragments anciens. Le feu leur offre un répit dans le froid. Clovis boit le sang offert par Daemon et rompt ses liens sans céder à la violence. À leur insu, le récit dévoile le pacte qui a permis le vol du journal de Strahd. Au matin, un faux cavalier barre la route, puis Néferon se présente. En Averne, Makar visite le cairn de Papi Boulon, sous lequel un faible signal pulse encore.

1CHRONIQUES DES CHAMPIONS D’ALEAR | La Tour gelée | 10 septembre 2026

 

 

Préface

L’abyssal est la langue que j’aime le moins.

Les démons ne l’ont jamais écrite d’eux-mêmes. Il leur a fallu la Guerre Sanglante pour s’y résoudre : ils ont pris l’alphabet des diables, leurs ennemis, et l’ont tordu jusqu’à ce que ceux-ci ne le reconnaissent plus. Même volée, cette écriture ne tient pas en place. Chaque caste parle la sienne ; un balor et un rutterkin se comprennent à peine. Une page d’abyssal ne dit jamais tout à fait la même chose d’un lecteur à l’autre.

J’ai mis longtemps à l’apprendre, et plus longtemps encore à accepter qu’un texte change selon celui qui le lit.

Les pages retrouvées dans la tour gelée sont d’une autre nature. Elles ont été écrites pour enfermer, avec soin, par des gens qui avaient peur de ce qu’ils gardaient. D’autres mains sont venues ensuite, avec d’autres espoirs. Entre les unes et les autres, il manque beaucoup, et ce qui manque m’inquiète plus que ce qui reste.

Plus je relis ces pages, moins je sais ce qui dort sous ce temple.

De la langue qui ne tient pas en place, Lysander Plume d’Argent, scribe et archiviste d’Alear.

2CHRONIQUES DES CHAMPIONS D’ALEAR | La Tour gelée | 10 septembre 2026

 

 

Prologue

Plus qu’un serviteur

La neige tombait en silence sur les marches du temple d’Ambre. Rahadin se tenait seul dans la grande salle. Les flammes froides des torches éclairaient les visages sculptés des puissances oubliées. Il n’était pas venu pour prier. Il était venu chercher quelque chose de plus. Plus grand que la fidélité.

Une voix douce, presque amusée, glissa dans l’ombre.

— Vous contemplez les tombeaux.

Rahadin pivota. Là, appuyée contre une colonne d’ambre, se tenait une silhouette élancée : un renard au regard doré. Une robe émeraude brodée de glyphes anciens. De petites lunettes rondes.

L’arcanaloth inclina légèrement la tête.

— Pardonnez mon intrusion, chambellan. J’observe simplement les ambitions quand elles fleurissent.

Rahadin posa la main sur sa lame.

— Qui es-tu ?

Le renard esquissa un sourire.

— Un érudit, un collectionneur des possibilités. Appelez-moi Néferon.

Néferon marcha lentement dans la salle. Ses pas ne faisaient aucun bruit.

— Vous servez votre maître avec une loyauté remarquable. Des siècles de fidélité. C’est admirable.

Rahadin répondit froidement :

— Je n’ai pas besoin de ton admiration.

Les lunettes du renard captèrent la lumière des torches.

— Non, mais peut-être avez-vous besoin d’une opportunité.

Néferon leva une patte. Dans l’air apparut une vision : une sphère violette suspendue dans l’obscurité. Un orbe parfait, vivant. Une sensation de puissance primitive emplit la salle. Rahadin sentit son cœur ralentir.

— Qu’est-ce que c’est ?

Néferon répondit avec un calme presque religieux :

— Une relique ancienne, interdite…

Il marqua une pause.

— Et incroyablement utile.

Rahadin observa la sphère. La chose semblait l’observer en retour.

— Pourquoi me montrer cela ?

Néferon répondit avec douceur :

— Parce que je crois reconnaître l’endroit.

Le renard s’approcha.

— Dites-moi, combien de siècles encore servirez-vous l’ombre d’un roi fatigué ?

Le regard de Rahadin devint glacial.

— Ma loyauté ne te concerne pas.

Néferon sourit.

— Au contraire, elle est fascinante.

Il se pencha légèrement.

— Vous partagez son sang, son héritage. Et peut-être son trône.

Le silence tomba comme une lame.

3CHRONIQUES DES CHAMPIONS D’ALEAR | La Tour gelée | 10 septembre 2026

 

 

I

LA TOUR OUBLIEE


Garde du chapitre 1

 

 

Le froid mordait une peau que les flammes n’avaient pas brûlée. Derrière eux, le rideau vert avait gardé sa promesse de douleur et trahi celle de mort : ils l’avaient franchi, ils vivaient, leurs corps étaient intacts. Le cavalier aperçu au-delà du feu avait disparu. Ni Strahd, ni son cheval, ni une trace qui permît de savoir où ils étaient passés. Devant les compagnons, le chemin poursuivait son ascension vers le nord ; à leur droite se dressait une tour dont la maçonnerie prolongeait celle du rempart.

Irina portait la main à son cœur. Sa peau de nacre avait rougi, et chaque inspiration semblait buter contre ses côtes. Clovis s’approcha aussitôt.

— J’ai l’impression qu’elle est broyée, souffla-t-elle en désignant sa poitrine.

Elle voulait seulement un peu de temps. Il lui demanda de le prévenir si son état empirait ; ses remerciements ne rendirent pas à sa voix le souffle qui lui manquait.

Tout près, Silat cherchait les yeux de Saël. L’enfant, d’ordinaire si calme qu’on pouvait presque oublier son poids, se débattait sans pleurer. Ses iris jaunes fuyaient le regard de son père, semblaient poursuivre quelque chose que celui-ci ne voyait pas. À travers leur lien, une gêne remontait jusqu’à Silat : le sentiment d’occuper une place qui n’était pas la leur. Il avait beau regarder son fils, il ne trouvait rien à calmer, rien à combattre.

Lorian observa la route par-dessus Morgrim. Au loin, deux tours se découpaient contre la montagne. La neige commençait à tomber ; le vent la chassait le long du chemin, et le jour diminuait. Quand Clovis signala l’essoufflement d’Irina, Morgrim l’attribua à l’altitude, traitant Irina de gueuse. L’insulte lui valut une sèche remontrance. Le nain reporta son attention sur l’abri voisin.

— Messire Godfrey, pourriez-vous passer à travers les murs ?

Le chevalier s’avança. La pierre sembla l’avaler, sans choc ni résistance. Quelques instants plus tard, sa tête reparut, puis le reste de son corps. Une tour de garde, déserte. Morgrim désigna néanmoins Clovis pour ouvrir.

— Pourquoi moi ? Tu as peur ?

— Oui, oui, j’ai peur.

— Fort bien. Fais donc de la place.

À l’intérieur, les objets semblaient avoir attendu le retour de mains depuis longtemps disparues. Rien n’avait été rangé. Le froid tenait la table, le bois, la cheminée vide ; les murs arrêtaient le vent sans promettre de chaleur. Avant que Clovis ne poursuivît vers l’étage, Lorian l’arrêta. Une ombre silencieuse s’étendit autour des compagnons, étouffant leur passage. Le barde ajusta son masque. Morgrim considéra ces précautions avec scepticisme : aucun ennemi ne se montrait, et la pièce offrait déjà des choses plus intéressantes à examiner.

Il s’attarda sur les blocs du mur. La pierre venait de cette montagne ; il reconnaissait dans son travail une ancienneté qui dépassait celle des bâtiments traversés jusque-là en Barovie. Des millénaires pesaient dans cet assemblage encore debout.

— Était-ce la même architecture à votre époque ? demanda-t-il à Godfrey. Quand vous étiez vivant… Pardonnez-moi.

— Elle me semble d’un âge beaucoup plus reculé.

Morgrim se tourna vers la table, où un arc et des flèches restaient prisonniers du gel. Le bois paraissait vieux, lui aussi, mais pas autant que la maçonnerie. Des occupants avaient donc pu succéder aux bâtisseurs. Quant à cette conservation étrange, le nain hésitait : l’œuvre du froid, ou autre chose ?

Irina suivait Clovis vers l’escalier, espérant mieux respirer en hauteur. Silat, lui, constatait que Saël ne s’apaisait pas. Son attention revint à la cheminée. Dans un angle, une toile d’araignée congelée retenait un morceau de papier. Il ramassa le tisonnier, en piqua la feuille et la ramena à lui. Lorian le regardait faire. Le papier avait presque la rigidité du cristal ; sous les doigts de Silat, ses plis cédèrent pourtant sans se briser.

Des passages avaient disparu. D’autres restaient lisibles.

Silat lut à haute voix.

Nous ne sommes ni geôliers par goût, ni gardiens par orgueil. Nous sommes les protégés du Serpent Éternel, et c’est sous son regard que nous agissons. Il nous enseigna que toute chose possède sa place dans l’ordre du monde, et que certaines puissances ne doivent jamais être autorisées à quitter la leur. C’est pourquoi nous avons choisi l’ambre. Non pour détruire ce qui ne peut l’être. Mais pour l’enfermer. Pour lui refuser le monde.

[…]

4CHRONIQUES DES CHAMPIONS D’ALEAR | La Tour gelée | 10 septembre 2026

 

 

Pourtant, depuis quelques nuits, les signes de notre protecteur se font plus difficiles à interpréter. Les serpents du sanctuaire refusent de quitter leurs alcôves. Plusieurs se sont enroulés sur eux-mêmes, la tête dissimulée sous leurs anneaux. Maître Othren Le Grand y voit un avertissement. J’aimerais pouvoir lui donner tort.

[…]

Deux voyageurs auraient été aperçus au-delà de la Passe. Nous ne savons rien d’eux. Seulement qu’ils marchent vers nous. Puisse Jazirian veiller sur ses enfants. Et si même son regard ne peut atteindre cette montagne… alors puisse-t-il au moins pardonner ce que nous avons enfermé dessous.

Grand Maître Theron, La Lame du Grand Serpent, Gardien de la Porte d’Ambre

Clovis s’était arrêté dans l’escalier. Silat demanda à Daemon Junior de vérifier sa lecture. Celui-ci se pencha sur la feuille, puis avoua ne pas comprendre cette langue. Ni l’infernal ni l’abyssal qu’il connaissait ne lui offraient de prise. Lorian examina le papier à son tour : des signes étrangers, presque des hiéroglyphes. Morgrim sollicita Godfrey. Le chevalier demeura immobile devant les lignes, avant de rendre le même verdict.

Pour Silat, pourtant, tout était du commun.

Il avait eu l’impression que le message lui était destiné. Peut-être quelque magie l’adaptait-elle à celui qui le lisait ? Il ne pouvait même pas en prononcer les mots dans une autre langue. À la demande de Morgrim, il reprit sa lecture ; au nom de Jazirian, un souvenir lui revint. Il croyait l’avoir rencontré au temple d’Inyoka, durant une méditation, après la perte de son œil. Un être auquel il manquait un bras… Mais entre ce souvenir et la feuille gelée, aucun lien sûr ne se laissait saisir.

Morgrim et Clovis cherchèrent dans l’ambre une explication à l’emprise de Strahd. Clovis se demanda si cet ordre ne maintenait pas le vampire prisonnier dans cet espace. Silat promit de méditer ce qu’il venait de lire. Lorian, plus silencieux, étudiait encore le papier et l’encre. Ils pouvaient être aussi anciens que la pierre.

Au-dessus d’eux attendait l’étage. Silat gardait entre ses doigts la feuille fragile ; tous en connaissaient désormais les paroles, et lui seul pouvait encore les lire.

5CHRONIQUES DES CHAMPIONS D’ALEAR | La Tour gelée | 10 septembre 2026

 

 

II

LES PRIERES SANS REPONSE


Garde du chapitre 2

 

 

Clovis reprit l’ascension. Morgrim laissa Godfrey surveiller la porte ; Daemon Junior, resté près de la table, examinait l’arc pris dans le gel. À l’étage, quatre lits entouraient une échelle dressée vers une trappe carrée. Une autre cheminée s’ouvrait dans le mur. Les couchages avaient été abandonnés sans ordre, puis le froid avait saisi jusqu’aux traces de cette négligence. Mais le regard du nain passa vite des lits aux cantines : autant de couvercles derrière lesquels pouvaient attendre d’autres indices.

Il chercha un cadenas, une inscription. Rien. Le premier coffre résistait simplement dans son bois gelé. Morgrim glissa son épée sous le couvercle et pesa dessus. Des lattes craquèrent ; le coffre s’ouvrit sans s’effondrer. Une poussière scintillante lui fit un instant espérer quelque matière précieuse. Il fallut regarder de plus près pour abandonner cette illusion et découvrir, parmi les débris, un carnet en lambeaux.

Cette fois, les mots étaient du commun pour tous.

Morgrim ouvrit avec précaution ce qu’il avait arraché à la glace. Des feuilles tombèrent en poussière. Il en resta une, couverte de notes jetées sans apparat, une pensée après l’autre. Quelqu’un annonçait avoir retrouvé le sanctuaire décrit dans les anciens écrits : sous la montagne, au-delà de la passe, ses prédécesseurs auraient autrefois communié avec Osibus. Son nom figurait sur des fragments, son symbole dans la pierre. Pour le rédacteur, la conclusion semblait évidente : un tel édifice ne pouvait avoir été bâti que pour honorer un dieu. Il fallait restaurer les salles, rallumer les braseros, rendre au temple sa dignité.

« Osibus nous parlera. »

Clovis demanda à entendre de nouveau le début. Morgrim relut. Ce nom ramenait le souvenir du livre de la funeste demeure, de son emblème circulaire surmonté comme d’une couronne, du danger qu’il avait fait courir à Lorian. Tasha l’avait emporté. Ils savaient cela ; le reste se brouillait dans leurs souvenirs. Lorian, lui, conservait envers celle qui lui avait sauvé la vie une confiance que Morgrim ne partageait pas sans réserve.

Silat rapprochait les mots du carnet de sa propre feuille. Il croyait y discerner deux histoires : celle de geôliers chargés de maintenir quelque chose dans l’ambre, et celle de nouveaux venus désireux de le délivrer. Peut-être les gardiens avaient-ils échoué. Peut-être quelqu’un avait-il forcé leur œuvre. Mais ces liens se tissaient dans son esprit ; aucune des pages ne racontait encore ce qui s’était réellement passé.

— Et nous, qu’est-ce que nous sommes censés trouver dans ce temple ? demanda Morgrim.

Lorian évoqua l’orbe, puis hésita sur sa destination. Capturer Strahd ? Le souvenir ne tenait pas. Il chercha plus loin, retrouva les paroles d’Aléar derrière les suppositions accumulées depuis leur arrivée. L’orbe devait servir de catalyseur pour purifier la magie néfaste de Zariel. Grâce à lui, Aléar espérait libérer le frère de Clovis, et peut-être les hommes enfermés dans leurs fioles de rédemption.

— C’est donc pour cela qu’Aléar nous a envoyés, souffla Morgrim.

Le temple, ses gardiens, le nom d’Osibus : tout menaçait de les détourner de cette demande pourtant essentielle. L’objet pouvait attirer d’autres convoitises, songea Silat. Des adeptes voudraient peut-être s’en servir pour rappeler leur maître. À moins que Strahd n’eût déjà mis la main dessus. Les compagnons échangèrent ces possibilités sans pouvoir leur donner d’ordre ni de certitude. Morgrim trancha du moins une question : il fallait poursuivre la fouille.

Il attaqua la cantine suivante avec l’empressement de celui qui croit approcher une réponse. Le bois éclata. Cette fois, le contenu subit le même sort que son abri ; rien de lisible ne survécut au geste.

Lorian et Clovis forcèrent les deux autres coffres avec davantage de mesure. Le druide découvrit une dague noircie, d’acier ordinaire, et un second carnet. Les phrases s’y étaient défaites. Quelques mots subsistaient, trop isolés pour livrer un sens, mais un croquis demeurait reconnaissable : le cercle, les pointes semblables à une couronne. Lorian tendit le papier à Silat. Celui-ci n’y trouva aucun des éclaircissements que lui avait offerts la lettre de la cheminée. Il reconnaissait du commun, rien de plus ; comprendre une langue ne rendait pas leurs lettres aux mots détruits.

Le carnet de Clovis avait mieux conservé ses dernières pages. Aussi humble que les autres, il n’avait rien d’un ouvrage de cérémonie. Pourtant, le barde y lut une comptabilité qui pesa dans le silence du dortoir : cent treize sacrifices. Sept années de prière. Trois accomplissements du grand appel.

Et Osibus demeurait silencieux.

6CHRONIQUES DES CHAMPIONS D’ALEAR | La Tour gelée | 10 septembre 2026

 

 

Certains frères doutaient, écrivait le rédacteur, avant de les traiter d’imbéciles. Il voulait voir dans ce silence une épreuve exigeant de poursuivre. Les sarcophages, eux, parlaient parfois. Un frère assurait avoir reçu un don après avoir posé la main sur l’un d’eux. Le carnet se demandait s’il fallait écouter ces voix pour atteindre celle du maître. À l’espoir succédait presque un ordre : Osibus parlerait. Il le devait.

Clovis releva la tête.

— Je pense que les sarcophages pourront nous en dire plus.

Silat entendait surtout, dans cette obstination, la langue du fanatisme. Lorian ne savait même pas si ces gens connaissaient ce qu’ils priaient. Ils avaient trouvé des noms, des signes, des murs déjà dressés ; ils avaient peut-être donné à ces vestiges le sens qu’ils souhaitaient y découvrir.

— Tu ferais des sacrifices à un dieu que tu penserais bienveillant ? demanda Clovis.

Lorian secoua la tête. La question revint vers Morgrim, vers le dieu autrefois figuré sur son bouclier brisé. Le nain distingua les exigences de Talos de ces massacres ritualisés : guerroyer, rapporter des trésors au temple, voilà ce qu’il avait connu. Mais cette manière de coucher ses doutes sur le papier lui était familière. Il reconnaissait le travail d’un prêtre qui écrivait pour tenir, pour ne pas laisser sa foi se défaire.

— Même sans l’avoir vu, ils y croyaient dur comme fer, dit-il. Nous devrions faire attention.

Silat tira les rideaux. Le tissu craqua sous le gel. Au-delà des vitres, il distingua mieux les deux tours et, entre elles, le départ d’un pont tendu vers l’autre versant. La route continuait. Avant de la reprendre, il restait à voir le sommet de leur propre abri.

Clovis s’éleva à la verticale sans s’aider des mains. Arrivé sous la trappe, il trouva la pierre et la glace solidement jointes. Il prit appui sur l’échelle, plaça l’épaule contre le panneau et poussa.

Ce fut l’échelle qui céda.

Le barde retomba parmi ses débris. Au-dessus de lui, la trappe n’avait pas bougé.

— J’ai glissé, annonça-t-il en se relevant.

Silat proposa de recourir à Godfrey. Le chevalier apparut à travers le plancher, considéra Clovis occupé à s’épousseter, puis traversa le plafond. Son retour fut rapide : de la neige, la montagne au loin, aucun coffre ni occupant. Seulement la vue.

Morgrim regarda une dernière fois l’échelle brisée. Il se faisait tard. Les pages avaient multiplié leurs questions, et la hauteur ne leur apporterait plus rien ce soir. Il reprit l’escalier vers le bas ; Lorian le suivit, laissant derrière eux les lits gelés et les débris.

7CHRONIQUES DES CHAMPIONS D’ALEAR | La Tour gelée | 10 septembre 2026

 

 

III

CE QUE LE FEU REVEILLE


Garde du chapitre 3

 

 

Morgrim s’arrêta au bas de l’escalier. La fouille leur avait pris une bonne heure ; dehors, le jour avait disparu et le froid gagnait encore. Il fallait choisir : entretenir un feu, au risque d’attirer ceux qui surveillaient peut-être la montagne, ou continuer à grelotter dans leur abri.

— Je peux nous protéger, proposa Lorian.

Le nain voulut savoir si cela cacherait aussi la fumée. Le druide le lui confirma : lumière et fumée resteraient dissimulées. Morgrim accueillit cette assurance avec assez d’enthousiasme pour chercher déjà les bouteilles qui auraient pu traîner dans la tour.

Lorian déplaça la table et posa une main au centre de la pièce. Des glyphes verts apparurent sous sa paume. Ils s’écartèrent, gagnèrent le sol, atteignirent les murs ; leurs contours s’effacèrent en laissant sur la pierre une vibration lumineuse, comme une poussière d’étoiles suspendue. La salle demeurait glaciale, mais ce cercle patiemment déployé leur donnait enfin une limite à l’intérieur de laquelle se tenir. Ils pouvaient allumer quelque chose sans livrer leur présence à la nuit.

Morgrim prit du bois. Les bûches étaient gelées ; il approcha son épée solaire pour en chasser le froid. La clarté se répandit sur ses mains, sur les fibres prises dans la glace, puis frappa les yeux de Clovis. Le barde dut supporter cet éclat qui lui était pénible. Irina, au contraire, trouva un peu plus d’air. Sa poitrine se souleva avec moins d’effort. Contre Silat, Saël s’agita moins vivement, sans retrouver tout à fait son calme. Son père sentit ce répit et le regarda durer, sans oser y reconnaître une délivrance.

Le nain nettoya le foyer et disposa soigneusement les bûches. Il sortit ses allume-feu, envisagea de recopier les notes avant d’en sacrifier le papier à la flamme. Lorian précisa que son carnet abîmé était resté là-haut. L’idée s’arrêta là ; Morgrim avait mieux dans ses affaires. Il prit l’une des torches d’Aléar.

Le bois s’embrasa presque aussitôt.

Des langues bleues montèrent entre les bûches, franches, ardentes, là où Morgrim n’avait espéré qu’un feu pénible à nourrir. La chaleur vint jusqu’aux visages. Il disposa une réserve de bois près de la cheminée pour la laisser sécher, préparant déjà de quoi prolonger ce bienfait. Le vert des murs et le bleu du foyer se répondaient dans la salle ; la pierre elle-même paraissait moins lointaine. Au milieu de cette tour abandonnée, les compagnons avaient fait une place aux vivants.

Personne n’oubliait ce qui les attendait plus haut. Pourtant, pendant un moment, leurs corps purent croire à autre chose qu’au chemin, à l’ambre et aux noms dont les pages étaient pleines.

Un choc retentit dans les flammes.

Quelque chose était tombé de la cheminée et gisait entre les bûches. Morgrim tendit son bras métallique, le visage prudemment tenu en arrière. Sa main s’enfonça dans le bleu. Il s’attendait à sentir le métal chauffer ; rien ne vint. Ce feu qui réchauffait si bien la pièce ne le brûlait pas. Il referma les doigts sur l’objet et le retira : une petite pierre pesante, couverte de signes gravés.

Il reconnut des caractères semblables à ceux de la feuille de Silat. Ils lui étaient tout aussi impénétrables.

— Silat, attrape !

La pierre passa dans les mains du moine. Elle avait été préservée dans la cheminée, prise dans le gel jusqu’à ce que leur feu la détachât. Plusieurs inscriptions restaient visibles. Silat les comprit immédiatement ; sous son regard, leur étrangeté s’effaçait comme celle du premier document.

8CHRONIQUES DES CHAMPIONS D’ALEAR | La Tour gelée | 10 septembre 2026

 

 

Depuis trois nuits, les prisonniers sont agités. Nous ignorons pourquoi. Les murmures ont repris dans plusieurs chambres simultanément. Cela ne s’était jamais produit.

[…]

Maître Othren affirme que les prisonniers sentent quelque chose approcher. Le Premier Sage ne s’est jamais trompé sur de tels présages. J’espère aujourd’hui que ce sera la première fois… Cette idée est absurde. Comment ce qui dort derrière l’ambre pourrait-il savoir ce qui marche encore à plusieurs lieues de la montagne ?

Pourtant, cette nuit, en passant devant la troisième chambre, j’ai distinctement entendu une voix. Je ne saurais dire laquelle. Elle ne s’adressait pas à moi.

Elle répétait simplement : « Dieu. » Encore. Et encore. « Dieu. »

Silat releva les yeux. Il voyait dans ces lignes une confirmation de son intuition : des gardiens, plusieurs prisonniers, puis peut-être une défaillance, une libération. Il chercha un rapport avec Osibus, imagina les captifs comme les membres d’un clergé nécessaire pour atteindre une puissance supérieure. À mesure qu’il parlait, cependant, les articulations lui manquaient. La pierre disait l’attente et l’agitation ; elle ne livrait pas ce qui les avait suivies.

Morgrim la réclama pour l’examiner. Ce que son premier regard avait pris pour du marbre était simplement la même roche que celle de la tour. Aucun morceau ne semblait manquer aux murs. Pourquoi graver un tel témoignage ? Pourquoi le dissimuler dans une cheminée ? Avait-on voulu le sauver, le cacher à quelqu’un ? Silat rappelait qu’au moment décrit, les prisonniers étaient encore enfermés. Les hypothèses se heurtaient les unes aux autres sans ouvrir davantage la pierre.

— On en saura plus quand on arrivera au temple, finit par dire Morgrim. En attendant, on ne casserait pas la croûte ?

Lorian reconnut qu’il ne lui restait guère à manger. Silat demanda ce qu’ils avaient de bon. Le feu continuait à prendre ; pour l’heure, c’était à cette chaleur-là qu’ils pouvaient répondre.

9CHRONIQUES DES CHAMPIONS D’ALEAR | La Tour gelée | 10 septembre 2026

 

 

IV

LE SANG ET LE VIN


Garde du chapitre 4

 

 

Morgrim sortit sa marmite. Daemon Junior prit place à table, prêt à attendre la pitance. Le feu chauffait toujours, mais le répit d’Irina s’achevait : ses inspirations redevenaient difficiles. Saël retrouvait son agitation. La fatigue alourdissait les épaules, jusque-là tenues par la curiosité ; ils avaient marché, gravi la montagne, éprouvé assez de peur pour une journée. Il leur fallait maintenant quelque chose de simple, de chaud, qui tînt dans un récipient.

Clovis regarda ses compagnons réunis.

— J’aimerais vous demander, mes amis, quelques gouttes de votre sang.

Morgrim lui offrit des pieds de porc, avec la ferme assurance qu’il n’obtiendrait rien d’autre de lui. Le barde insista sans avancer la main. Il craignait de s’affaiblir, voulait essayer avant que la soif ne décidât à sa place. Quelqu’un accepterait-il ce risque ? Lorian demanda depuis combien de temps il n’avait pas bu. Morgrim, lui, envisageait déjà de l’enfermer dans le dortoir.

Clovis ne prétendait pas leur enlever toute raison d’avoir peur. Il espérait seulement se maîtriser mieux que la dernière fois. Quant à Irina, il n’oserait rien lui prendre dans cet état. Son regard revint vers Daemon Junior.

Celui-ci accepta. Si Clovis devait les accompagner le lendemain, autant qu’il fût en état de le faire. Mais une limite fut posée aussitôt : aucune morsure. Le sang serait donné dans un récipient. Morgrim refusa d’y consacrer sa propre marmite et fournit une casserole trouvée dans la pièce.

Daemon la prit, saisit une flèche et s’entailla la main. Il pressa la plaie. Le sang tomba au fond du métal ; à sa vue, les pupilles de Clovis se dilatèrent jusqu’à noyer ses yeux dans le noir. Il resta pourtant assis. Ses compagnons retenaient leur souffle.

Lorian passa une corde autour de lui et de sa chaise. Clovis protesta, interloqué, puis le laissa faire. Malgré l’insistance de Morgrim, ils demeurèrent au rez-de-chaussée, près de la table. Les liens furent serrés avec soin. Le nain s’approcha, une fiole d’eau bénite à portée de main.

— Lequel d’entre vous va me donner la becquée ? demanda Clovis.

Lorian souleva la casserole. Le barde ouvrit la bouche.

Aux premières gouttes, ses dents s’allongèrent. Le noir de ses yeux vira au rouge, ses veines devinrent plus visibles. Quelque chose émana de lui qui fit reculer les autres avant toute pensée : une présence meurtrière, la certitude soudaine d’être trop près de ce qui pouvait les tuer.

Clovis but d’une traite.

Le sang de démon lui descendait dans la gorge comme du feu. Rien de ce qu’il avait goûté auparavant ne préparait à cette brûlure intérieure ; elle lui emplissait la trachée, semblait ne laisser de place à aucun souffle. Puis la poussée de mort s’effaça. Les yeux que ses compagnons observaient retrouvèrent fugitivement leur couleur d’autrefois, avant de rougir de nouveau.

Pour lui, une lumière venait de s’ouvrir.

Un palais immense, lumineux, apparaissait parmi les nuages. Il n’en saisissait ni le nom ni la destination ; il en recevait seulement la clarté, et avec elle une plénitude presque inconcevable après la soif. L’éclat remplissait sa vision sans lui demander de fuir. Le palais passa, aussi bref qu’une image derrière les paupières. La paix resta.

La casserole était vide. Autour de la chaise, presque aucun temps ne s’était écoulé.

— Clovis, ça va bien ?

Lorian lui présenta une main, demanda combien de doigts il voyait. Le barde reconnut l’attention autant que la précaution et répondit avec son agacement ordinaire. Il n’avait attaqué personne. Avait-il été seul à voir ce palais, cette lumière ? Silat lui assura que rien n’avait changé dans la pièce. Alors Clovis raconta ce qui l’avait traversé : la vision, la paix, cette envie de mort un instant ressentie et qui ne l’avait pas englouti.

Il demanda qu’on le détachât.

Morgrim préférait attendre. Lorian hésitait aussi. Peut-être la soif reviendrait-elle ; peut-être réclamerait-il davantage. Clovis écouta, se raidit, puis contracta les muscles.

La corde rompit.

Il se leva au milieu des liens défaits. Lorian les avait pourtant bien serrés. Les autres reculèrent encore, surpris par cette vigueur qui semblait étonner le barde lui-même. Il n’avança sur personne. Il se sentait bien, remarqua l’odeur du repas et posa une main sur l’épaule de Daemon pour le remercier.

10CHRONIQUES DES CHAMPIONS D’ALEAR | La Tour gelée | 10 septembre 2026

 

 

Celui-ci réclama plus modestement qu’on s’occupât de sa main. Lorian la prit ; une lueur verte enveloppa la coupure, qui se referma. Morgrim put retourner à son ragoût.

Silat sortit une bouteille du Magicien des Vins. Clovis accueillit la proposition avec plaisir, au grand étonnement du nain : le sang ne lui avait donc pas ôté le goût de tout le reste ? Le barde pouvait encore savourer le vin, même s’il n’y trouvait pas le même rassasiement. La marmite arriva sur la table, pleine de pieds de porc, de carottes et de pommes de terre.

Ils levèrent leurs verres en l’honneur de leur ami corbeau. Clovis fit aussi tinter le sien contre le bec de Minus, posé sur son épaule.

Au milieu du toast, il entendit des battements d’ailes.

Très loin, au-dehors. Il aurait été incapable d’en désigner l’origine. Le bruit était si ténu que ses oreilles seules semblaient le recevoir, et déjà il s’éloignait. Rien ne vint troubler la table. Les compagnons continuaient à manger dans la lumière bleue et verte.

Lorian revint sur ce qu’il venait de voir. Boire ainsi signifiait-il que Clovis acceptait désormais sa condition ? Le barde chercha ses mots. Il redoutait surtout de perdre le contrôle. Mais le temple se rapprochait, et avec lui quelque chose dont aucun d’eux ne sortirait peut-être inchangé. Il avait voulu éprouver ce pouvoir avant d’en avoir désespérément besoin.

— Donc, c’est exceptionnel ? demanda Lorian.

— Les circonstances le sont.

Dans cette réponse, le druide entendit une détermination inhabituelle. Clovis paraissait prêt à toute éventualité, peut-être même à mourir. Il ne le disait pas ; cela passait dans sa voix, dans cette manière calme de soutenir enfin son propre choix.

— Je veux mettre toutes les chances de notre côté, reprit Clovis.

Ils reprirent le repas. Morgrim recevait les remerciements avec ses plaisanteries, et Clovis trouvait les pieds de porc un peu gras, mais excellents. Dix-huit jours de Barovie pesaient sur leurs corps ; autour de cette table, ils pouvaient encore discuter d’un plat et d’une bouteille.

Puis le barde remercia les autres pour davantage que le dîner. Ils avaient frôlé la mort tant de fois ; chacun devait aux autres d’être arrivé jusque-là. Il parla de ceux qu’ils avaient perdus, de la nécessité de rester unis pour ce qui venait.

— Peu importe ce qui arrivera par la suite, je suis très content d’être arrivé jusque-là avec vous, les amis.

Morgrim lui rappela qu’il restait bien des choses à accomplir avant de mourir. Daemon applaudit. Irina regardait Clovis avec fierté. Sur le visage changeant de Godfrey, tantôt humain, tantôt crâne nu, une expression plus difficile à saisir avait passé : la nostalgie de cette camaraderie qu’il contemplait en silence.

Morgrim ouvrit une autre bouteille. Le vin montait doucement, sans abolir cette vigilance dont la Barovie les avait pourvus. Une des caisses livra à Lorian des flèches gelées ; il en jeta une poignée au feu. Puis il fut temps de chercher le repos.

Godfrey accepta de veiller. Lorian s’allongea près de la cheminée pour maintenir sa protection. Daemon resta sur sa chaise, les pieds sur la table, les bras croisés. Les autres gagnèrent le dortoir.

La glace des lits fondait en une humidité peu accueillante. Morgrim alluma donc la cheminée de l’étage avec la même flamme bleue ; ils rapprochèrent les couchages et laissèrent sécher les draps. Le nain garda son épée près de lui. Irina se blottit contre Clovis, qui s’endormit auprès d’elle.

Silat cherchait encore à apaiser Saël. Rien ne lui venait. L’enfant remuait toujours, mais la fatigue du père devenait plus lourde que son inquiétude. Enfin, lui aussi ferma les yeux. Dans la tour, les feux continuaient de brûler sous la garde du chevalier.

11CHRONIQUES DES CHAMPIONS D’ALEAR | La Tour gelée | 10 septembre 2026

 

 

Interlude

Le prix du passage

Rahadin rompit le silence.

— Si cette relique existe, pourquoi ne pas la prendre pour toi-même ?

Néferon eut un rire discret.

— Parce que même les érudits savent respecter certaines barrières.

Le renard pointa vers l’ombre des montagnes.

— Pour comprendre cet artefact, il faut un livre.

Rahadin plissa les yeux.

— Quel livre ?

Néferon répondit simplement :

— Le journal de Strahd von Zarovich. Et puis, un exemplaire particulier : celui qui se trouve entre les mains d’une certaine Baba Lysaga.

Rahadin comprit immédiatement. Il fixa Néferon.

— Pourquoi m’aider ?

Le renard releva légèrement ses lunettes.

— Mon maître s’intéresse à cet artefact.

— Ton maître ?

— Un prince très cultivé.

Le renard n’ajouta rien. Puis il murmura :

— Si vous parvenez à éveiller ce pouvoir, peut-être deviendrez-vous plus qu’un serviteur. Peut-être deviendrez-vous un seigneur.

Néferon leva une patte. Un cercle runique apparut au sol.

— Je peux vous offrir un avantage. Un simple déplacement au moment opportun. Et une barrière.

Rahadin comprit : une téléportation au moment parfait.

— Et en échange ?

Néferon répondit simplement :

— Quand vous ouvrirez l’orbe, je veux observer.

Puis il ajouta doucement :

— Rien de plus.

Le jour du vol. Combat, feu, hurlements. Les aventuriers affrontent Baba Lysaga. Soudain, le vent se déchire. Un dôme magique se forme. Un cercle noir apparaît. Rahadin en sort, lame dégainée. Le combat est bref. Morgrim tombe. Le livre est arraché. Rahadin disparaît dans un éclair sombre.

Dans les flammes mourantes, une silhouette renardine demeure. Personne ne la voit. Elle claque des doigts. Le dôme disparaît. Néferon observe et murmure simplement :

— Excellent.

12CHRONIQUES DES CHAMPIONS D’ALEAR | La Tour gelée | 10 septembre 2026

 

 

V

LE VISAGE DU MENSONGE


Garde du chapitre 5

 

 

Clovis ouvrit les yeux sur Irina endormie. Pendant un instant, la voir ainsi suffit à tenir la montagne à distance. Il pouvait imaginer un matin qui ne précédât ni une fuite ni une épreuve, un réveil auprès d’elle qui n’eût pas besoin d’être arraché au danger. Cette possibilité n’avait encore ni lieu ni chemin ; elle existait pourtant, dans l’espace tranquille où son regard s’attardait avant de se lever.

Silat ne trouva pas le même apaisement. Saël était aussi agité que la veille, peut-être davantage. À le sentir remuer, son père eut la pénible impression que l’enfant n’avait pas dormi du tout. Lui-même sortait d’une nuit sans rêve ; ce repos partagé par les autres semblait avoir laissé le nourrisson en dehors de son cercle.

Les mouvements dans le dortoir réveillèrent Morgrim. En bas, Daemon Junior et Lorian s’activaient déjà ; Godfrey n’avait pas abandonné son poste. Ils descendirent un à un. Le dîner, la chaleur et la protection du druide leur avaient rendu des forces. Malgré le gel et les vestiges qui l’encombraient à leur arrivée, la tour leur avait permis de dormir. Il restait maintenant à la quitter.

Morgrim aurait presque envisagé de s’y installer. Le refuge avait quelque chose de tentant, précisément parce que la route continuait au-delà de ses murs. Mais Godfrey passa la porte, et le nain le suivit.

Dehors, il ramassa quelques pierres. Il les posa les unes sur les autres, forma un petit monticule, puis serra son médaillon dans sa main. Sa prière demandait de la chance pour la suite de leur voyage. Après les paroles dispersées des morts, les anciens signes et les appels restés sans réponse, il y avait ce geste accompli dans le froid, ces quelques pierres assemblées pour les siens. Lorsqu’il se redressa, il était prêt à repartir.

Ils prirent la direction du nord.

Les deux tours grandissaient à mesure qu’ils approchaient. Entre elles se précisait le départ du pont, jeté vers une autre montagne ; sur la rive opposée, une seconde paire de tours en gardait l’issue. Au milieu du passage se tenait une silhouette. Ils la virent assez longtemps pour poursuivre en la surveillant, puis elle sembla disparaître.

Ils atteignirent le bord du pont. Le vent frappait leurs nez et leurs oreilles. Morgrim demanda s’ils comptaient vraiment avancer à découvert. Le sol paraissait glissant ; au-delà des tours, le chemin s’enfonçait plus loin dans la montagne, libre en apparence. Une facilité presque déconcertante, après cette forme entrevue qui ne se montrait plus.

Une bourrasque arracha un voile de neige.

Strahd von Zarovich était devant eux.

Il portait une armure rouge qu’ils reconnurent aussitôt. Ils l’avaient déjà contemplée à travers les yeux des chevaliers de l’Ordre du Dragon d’Argent. À présent, le cavalier les toisait depuis sa monture enflammée, et ce souvenir donnait à sa présence une profondeur plus terrible que la seule menace d’un homme armé. Godfrey tira sa lame. Le geste avait été immédiat, comme si ce qu’il voyait exigeait de lui une réponse avant même qu’il pût la choisir.

— C’est une illusion, lança Morgrim.

13CHRONIQUES DES CHAMPIONS D’ALEAR | La Tour gelée | 10 septembre 2026

 

 

Lorian cherchait ce qui, dans l’apparition, résistait à son regard. Le cheval brûlait. Les flammes montaient autour de lui, vivantes en apparence, mais à ses pieds la neige demeurait intacte. Nulle fonte, aucun retrait du blanc sous cette chaleur promise. Le druide fixa cette contradiction.

Un rire nasal lui répondit.

La tête du cavalier se déforma. Ses traits se fendirent, coulèrent vers le col de l’armure ; le rouge du métal s’affaissa à son tour sur le cheval. La cape entra dans les flammes, puis tout se mêla en une masse visqueuse où rien ne distinguait plus le maître, la monture et le feu. L’image se replia sur elle-même. Là où ils avaient vu Strahd se tenait maintenant une petite créature.

Morgrim la reconnut immédiatement.

Au loin, elle agitait la main avec une familiarité insupportable.

— Bonjour, aventuriers !

Le nain jura. Que faisait cette abomination ici ? Il la connaissait ; il pensait même en avoir déjà parlé aux autres. Clovis rapprocha ce qu’il voyait de la description entendue : ce petit être grotesque, ce clown aux allures de saurien. Le reconnaître n’expliquait ni sa présence sur le pont ni l’apparition qui venait de se défaire.

Morgrim s’avança d’un pas décidé.

Il heurta un mur.

Devant lui, pourtant, il n’y avait rien. Le passage restait visible jusqu’à la créature, sans obstacle que ses yeux pussent suivre. Son corps, lui, avait trouvé une résistance entière. Plus loin, le petit être lui adressa de la main un signe de dénégation, comme à quelqu’un qui se serait montré trop pressé.

Puis sa forme changea encore. La masse s’allongea, les proportions se recomposèrent ; le vêtement devint vert. Un visage renardin remplaça les traits de la créature. Celui qui leur faisait face prit la parole avec une courtoisie à laquelle la barrière invisible donnait un singulier poids.

— Navré d’avoir joué avec vous, Morgrim. Je me présente sous mon plus bel aspect. Enchanté, messieurs. Néferon, à votre service.

— Notre service ? demanda Morgrim.

14CHRONIQUES DES CHAMPIONS D’ALEAR | La Tour gelée | 10 septembre 2026

 

 

Épilogue

Sous les pierres

Le ciel d’Averne n’a pas de nuit. Il n’a que des nuances de braise. Des éclairs rouges zèbrent l’horizon. Des machines infernales grincent au loin.

Le sol est craquelé, noirci, hérissé d’ossements calcinés. Au milieu de cette désolation, un petit monticule de pierres. Pas un tombeau : un empilement maladroit, comme si quelqu’un avait fait au mieux. Une planche de bois plantée de travers, gravée grossièrement : « Papi Boulon ».

Un souffle de vent chaud passe. Il soulève un peu de poussière. Puis une note infime, presque inaudible sous le grondement infernal : une flûte.

L’air semble se courber légèrement autour du tas de pierres. Les cendres s’élèvent, non pas en tourbillon violent, mais en une spirale douce. Makar apparaît, flottant à quelques centimètres du sol. Tunique orangée souillée par la lumière rouge du plan, peau pâle verdâtre presque luminescente sous l’éclat infernal, crête carmin flottant lentement dans un vent qui ne souffle que pour lui. Cristaux roses aux oreilles, ternis par la braise environnante.

Il ne joue plus. Il regarde. Longtemps.

Son regard se pose sur la planche, sur l’écriture maladroite, sur les pierres irrégulières, sur l’absence. Il ferme les yeux. Un silence très profond s’installe, presque impossible dans les terres d’Averne. Puis il murmure doucement :

— Navré, mon vieil ami. J’arrive trop tard.

Il s’agenouille. Pour la première fois depuis des années, il pose deux doigts sur la pierre du sommet. Le sol vibre à peine, comme si quelque chose reconnaissait sa présence. Un souvenir, une résonance, une étincelle.

Makar se relève. Son visage ne montre pas la douleur, seulement la conscience du prix. Il regarde à l’horizon, puis il disparaît. Pas en éclat, pas en lumière : il se dissout comme une note qui s’éteint.

Le vent infernal reprend. Les cendres retombent. Silence.

Puis, très loin, à peine perceptible, un son. Un petit son métallique. Un bip sourd, rythmique, presque joyeux, comme un dernier clin d’œil mécanique. Sous le tas de pierres, quelque chose pulse encore, très faiblement.

15CHRONIQUES DES CHAMPIONS D’ALEAR | La Tour gelée | 10 septembre 2026

 

 

Postface

Ceux qui ont bâti la tour se disaient les protégés d’un serpent éternel. Ils ne se croyaient ni geôliers ni maîtres de ce qu’ils gardaient ; ils avaient choisi l’ambre parce que certaines puissances ne doivent jamais quitter leur place. Leurs dernières lignes ne parlent pas de victoire. Elles parlent de serpents qui se cachent, de prisonniers qui s’agitent, de deux voyageurs qui approchent. J’ignore qui étaient ces voyageurs. J’ignore aussi si les gardiens ont échoué, s’ils ont été trahis, ou s’ils veillent encore sous la montagne.

D’autres sont venus après eux, persuadés qu’un dieu les attendait là. Ils l’ont prié longtemps. Il ne leur a jamais répondu, du moins pas comme ils l’espéraient.

Les champions ont lu ces pages avec plus de prudence que je ne l’aurais cru. Silat y a vu deux histoires, celle des gardiens et celle de ceux qui voulaient délivrer ce qu’ils gardaient. Clovis s’est demandé si cet ordre ne retenait pas Strahd lui-même. Lorian doutait que ces fidèles aient su ce qu’ils priaient, et Morgrim, qui a porté un dieu sur son bouclier, a dit qu’il faudrait faire attention. Silat a même pressenti que l’orbe attirerait d’autres convoitises. Je ne m’étais jamais posé la question.

Cette nuit-là, ils ont bu deux fois. Clovis d’abord, le sang que Daemon lui tendait ; la soif de tuer l’a traversé sans l’emporter, et il est resté des leurs. Puis tous ensemble, le vin du Magicien des Vins, levé à la mémoire de Davian Martikov, qu’ils ont couché sous un arbre avec une pièce d’or sur la poitrine. Le sang d’un vivant, le vin d’un mort. Dans cette tour où d’autres avaient prié sans réponse, ils ont partagé une communion sans autel ni dieu, et c’est pourtant l’un d’eux qui a vu s’ouvrir un palais de lumière.

Un enfant ne s’est pas calmé de la nuit. Au matin, sur le pont, Lorian a percé une illusion.

Puis Néferon s’est présenté. Je connais son espèce…

Signature de Lysander

16CHRONIQUES DES CHAMPIONS D’ALEAR | La Tour gelée | 10 septembre 2026

 

 

METAGAME

Qui dit quoi ?

Participant Rôle Interventions Mots comptés Proportion des mots (%)
MJ Narrateur et personnages secondaires 802 11 876 47,5
Morgrim Enquête, protection et intendance 452 4 490 18,0
Clovis Exploration et relations du groupe 395 4 149 16,6
Lorian Observation, protection et soins 214 2 347 9,4
Silat Lecture des inscriptions et hypothèses 245 2 142 8,6

Le transcript compte exactement 2 108 interventions et 25 004 mots. La dernière colonne mesure la part des mots, et non celle des interventions. Ses valeurs sont reprises telles que calculées ; leur arrondi explique que leur somme dépasse légèrement cent pour cent. Ces comptes portent sur le texte transcrit, avec ses hésitations et son bruit de captation : ils décrivent une présence verbale, pas la qualité d’une contribution.

MJ — 47,5 %

Le MJ alterne descriptions, lecture de documents, incarnation des compagnons et arbitrages. Sa place importante tient notamment aux scènes réservées au lecteur et aux informations enfouies dans la tour. Il laisse pourtant les interprétations se développer, y compris lorsqu’elles s’égarent, puis rétablit un point essentiel : la fonction de l’orbe demandé par Aléar. Son plaisir déclaré à entendre les joueurs débattre donne une cohérence à cette séance patiente.

Morgrim — 18,0 %

Morgrim intervient volontiers pour transformer une discussion en geste : ouvrir, vérifier, allumer, cuisiner ou repartir. Ses questions sur la pierre donnent une profondeur historique au lieu ; ses réserves devant la demande de sang organisent le désaccord. Son aisance comique n’efface pas ses contributions pratiques. Le feu, le repas et la prière avant le départ dessinent une présence protectrice, parfois brusque dans ses formulations, constamment engagée dans la situation commune.

Clovis — 16,6 %

Clovis passe de l’initiative physique à la vulnérabilité assumée. L’échelle lui fournit un revers comique ; sa demande de sang crée une scène que chacun peut investir. Il explique ensuite son choix à Lorian et remercie ses compagnons, donnant une forme explicite à leur solidarité. Son style associe réactions rapides, plaisanteries et développements en personnage. Cette mobilité soutient les changements de ton sans enlever au danger vampirique son poids dans l’échange.

Lorian — 9,4 %

Lorian intervient surtout lorsqu’une précision ou une protection peut modifier la situation. Il examine le papier, installe le foyer, sécurise la prise de sang et soigne Daemon Junior. Ses notes incomplètes suscitent des moqueries, mais elles ramènent aussi la mission principale dans la conversation. Sa question à Clovis ouvre un échange sur les limites de ses choix. Il contribue ainsi à la cohésion par des actes de soutien et des demandes d’explication.

Silat — 8,6 %

Silat occupe une place décisive malgré une part verbale plus réduite : lui seul lit les inscriptions anciennes. Il partage les textes, les rapproche et propose des liens entre gardiens, prisonniers et sanctuaire. Son attention à Saël maintient une inquiétude intime au milieu de l’enquête. Ses hypothèses demeurent parfois fragiles, comme son souvenir de Jazirian ; cette incertitude devient une matière de jeu. La bouteille offerte ramène ensuite l’échange vers la fraternité.

17CHRONIQUES DES CHAMPIONS D’ALEAR | La Tour gelée | 10 septembre 2026

 

 

Une initiative qui circule

Personne ne conduit seul toute la séance. Morgrim relance les gestes, Silat rassemble les signes, Lorian sécurise les conditions de l’action et Clovis transforme un besoin personnel en discussion collective. Le MJ fournit les réponses du monde tout en laissant subsister les désaccords. Les petites provocations nourrissent cette circulation ; les soins, le repas et les remerciements lui donnent des points d’appui concrets.

Physionomie de la session

Durée couverte : 3 h 21 min 30 s.

Les durées ci-dessous résultent de la somme des plages horodatées annotées, depuis le début de l’enregistrement jusqu’au dernier horodatage. Les deux secondes initiales sont rattachées aux préparatifs hors jeu. Les silences et pauses compris dans ces plages restent inclus. Cette classification interprète l’activité dominante de chaque segment ; elle ne mesure pas un temps vocal. Une même scène comporte donc plusieurs catégories, notamment lorsqu’une lecture est suivie de règles ou de plaisanteries.

Catégorie Durée calculée Proportion (%) Exemples d’activités
Interactions RP 55 min 06 s 27,3 Hypothèses, don de sang, confidences et toast
Exploration 23 min 36 s 11,7 Fouille de la tour, recherche d’indices et approche du pont
Combat 0 min 00 s 0,0 Aucun affrontement mécanique joué
HRP (hors-jeu) 41 min 17 s 20,5 Retrouvailles, digressions, plaisanteries et pause
Méta/Technique 38 min 40 s 19,2 Règles, notes, réglages audio et organisation
Narration MJ 42 min 51 s 21,3 Récapitulatif, descriptions, documents et scènes omniscientes
TOTAL JEU 121 min 33 s 60,3 RP, exploration, combat et narration
TOTAL HRP 79 min 57 s 39,7 Hors-jeu et méta/technique

Analyse et interprétation

Reprendre possession de l’histoire

La reprise exige de retrouver les gestes de jeu, les ressources des personnages et les raisons de leur voyage. Les inventaires, les notes et les souvenirs fournissent autant de points de friction que d’occasions de plaisanter. La mission de l’orbe en donne l’exemple central : une formulation inachevée entraîne plusieurs propositions avant le rappel du MJ. Cette mémoire collective fonctionne parce que les participants peuvent se demander, se contredire et compléter leurs informations. Elle conserve aussi ses erreurs, ce qui impose de distinguer les convictions des héros des faits établis.

Explorer, puis discuter ce qu’on a trouvé

La tour retient le groupe par couches successives : ancienneté des murs, lettre préservée, carnets, symbole, pierre dissimulée. La fouille matérielle produit des questions auxquelles aucune ouverture de coffre ne répond entièrement. Les échanges sur Osibus et les gardiens deviennent donc une part importante de l’activité. Le MJ constate que les aventuriers avancent moins loin que prévu, tout en appréciant leurs discussions. La séance mesure son progrès par les questions mieux formulées et les relations éprouvées autant que par la distance parcourue.

La confiance prend des précautions

Le don de sang confronte plusieurs manières de prendre soin du groupe. Clovis demande de l’aide et reconnaît le risque ; Morgrim veut éloigner le danger ; Lorian choisit les liens ; Daemon Junior accepte de donner son sang. L’accord se construit dans ce désordre pratique. L’apaisement de Clovis permet ensuite la gratitude, sans démontrer que sa condition serait résolue. Le foyer protégé, le repas partagé et le sommeil composent autour de cette expérience un répit dont chacun contribue à rendre l’existence possible.

18CHRONIQUES DES CHAMPIONS D’ALEAR | La Tour gelée | 10 septembre 2026

 

 

Une menace entretenue sans combat

L’absence d’affrontement mécanique accompagne une tension continue : malaise d’Irina, agitation de Saël, documents inquiétants et apparition sur le pont. Le faux Strahd sollicite d’abord l’observation, puis la reconnaissance et la surprise. Les scènes de Rahadin et Néferon donnent au lecteur des informations que les héros ignorent encore ; le bip final sous les pierres de Papi Boulon ouvre une autre attente. La partie s’arrête sur ces possibilités, avec des enjeux prêts à reprendre plutôt qu’une victoire à comptabiliser.

Archétypes et rôles à la table

MJ — Le Gardien des portes entrouvertes

Le Semeur de traces. Il répartit l’information entre plusieurs supports et plusieurs voix. Chaque découverte éclaire le temple tout en donnant au groupe une nouvelle raison de débattre.

Le Régisseur du pressentiment. Images et descriptions préparent les apparitions. Le décalage entre cheval enflammé et neige intacte permet cependant à l’observation de participer au dévoilement.

L’Hôte des détours. Il accueille les discussions au-delà du parcours prévu. Ses relances maintiennent le mouvement sans retirer aux personnages leur temps de cuisine, de doute ou de confidence.

Morgrim — Le Foyer sous l’armure

Le Lecteur de pierre. Son attention au matériau pose la question de l’ancienneté. Il revient aux propriétés concrètes des objets lorsque les interprétations prennent de l’ampleur.

Le Gardien du seuil. Face au sang demandé par Clovis, il réclame des précautions visibles. Sa défiance se traduit en propositions que les autres peuvent discuter ou refuser.

Le Pourvoyeur de chaleur. Épée solaire, bûches et marmite deviennent les outils d’un même service. Il assure au groupe le confort nécessaire avant de reprendre la route.

Clovis — Le Convive au bord de la nuit

L’Audacieux exposé. Il avance vers les passages à découvrir et accepte que l’échec de l’échelle devienne collectif. Sa maladresse fournit un moment partagé, sans interrompre longtemps l’exploration.

Le Demandeur désarmé. Il expose son besoin de sang au jugement de ses compagnons. La scène permet aux désaccords de se manifester avant qu’un arrangement soit trouvé.

Le Porteur du toast. Ses remerciements donnent des mots au chemin parcouru ensemble. Il transforme la fin du repas en reconnaissance mutuelle, avec la possibilité de perdre encore quelqu’un.

Lorian — Le Veilleur des conditions fragiles

L’Artisan de l’abri. Son foyer rend le repos envisageable malgré le froid et la crainte d’être repérés. La protection devient une contribution immédiatement sensible à tous.

Le Soignant attentif. Il accompagne l’essai de Clovis et referme ensuite la blessure de Daemon Junior. Il relie ainsi la gestion du risque au soin apporté au donneur.

Le Questionneur patient. Il demande ce que signifie le choix de Clovis au lieu de l’interpréter seul. Cette ouverture permet au barde d’expliquer sa détermination et ses limites.

Silat — Le Lecteur des liens incertains

L’Interprète sans dictionnaire. Sa lecture singulière ouvre un accès aux anciens gardiens. Il transmet aussitôt ce savoir, donnant aux autres de quoi participer à l’enquête.

Le Rassembleur d’indices. Il rapproche lettres, prisonniers et présages. La portée de ses intuitions tient à leur mise en discussion ; leur fragilité conserve aux découvertes suivantes leur importance.

Le Père dans le cercle. Son attention revient à Saël au fil de l’exploration. Le malaise de l’enfant garde une place parmi les énigmes, même lorsque personne ne sait encore le soulager.

19CHRONIQUES DES CHAMPIONS D’ALEAR | La Tour gelée | 10 septembre 2026

 

 

META-METAGAME


Ce soir, les Champions ont gravi une montagne, abrité une mourante, ligoté un vampire à une chaise et démasqué un renard. Ils ont aussi trié leur inventaire en s’insultant, comparé leur MJ à un jeu vidéo et parlé du caleçon d’un absent. Faute de place, j’ai dû écarter la moitié des « enculé » ; vous trouverez l’autre moitié ci-dessous, dans l’ordre d’apparition. Le quatrième mur n’est pas tombé ce soir : personne à cette table ne l’avait jamais construit.

Inventaire avant la tempête

Fait avec amour

Clovis : « C’est quoi ça, une fiole de Lorian de d6 ? »

Morgrim : « Oh là, t’es sérieux là ? Putain. »

MJ : « Une fiole de Lorian. C’est quoi cette merde, une fiole de Lorian ? Allez, ça je jette. Il faut que je fasse de la place dans mon inventaire. »

Lorian : « Oui, j’avais fait avec amour, avec mon chaudron. »

Morgrim : « Je l’ai écrit, fait avec amour. Voilà. »

Silat : « Il a craché dedans. »

Le druide offre une potion artisanale, le MJ la jette à la poubelle et Silat complète l’étiquette de composition. Ce qui compte, c’est l’intention.

Chacun pour sa gueule

Morgrim : « Ouh, trois gemmes, ouh, deux joyaux, ouh, trois petits rubis. Oh putain, un marchand vite, un marchand ! »

Clovis : « Mais non, mais donne, je peux rappeler des gens à la vie, enculé. »

Morgrim : « J’en ai rien à branler, il y a tout le monde qui crève maintenant. »

MJ : « C’est chacun pour sa gueule. »

Le barde propose une assurance-vie collective et le nain préfère liquider ses placements. Le MJ, lui, prépare déjà le pire des scénarios :

MJ : « Ou pire, genre tu meurs pas, tu survis, mais tout ton stuff est désintégré. »

MJ : « Morgrim nu et sans le sou. Un Morgrim sans le sou. »

Il n’y a pas de malédiction plus cruelle pour un nain que de rester en vie, mais pauvre.

Prince of Persia a copié mon style

MJ : « Parce que moi, je suis un MJ créatif, un MJ scénariste, je te fais pas un vulgaire jet de dés désavantage mon cul, moi je te fais des entités cosmiques qui cherchent à te faire la peau, voilà. »

Clovis : « Ouais, qui ressemble au méchant dans Prince of Persia. »

MJ : « Non, non, non, c’est Prince of Persia qui a imité mon style. »

Clovis : « Le, comment il s’appelle, le… le… merde. »

MJ : « Si t’as pas le nom déjà, tu veux bien fermer ta gueule. »

Clovis finit par trouver le nom. Le MJ veut savoir comment :

MJ : « T’as regardé sur Internet, espèce d’enculé. »

Clovis : « Oui, je tapais “Prince of Persia démon”. »

MJ : « T’es une merde. T’es une merde ! »

Ubisoft n’a pas encore répondu à l’accusation de plagiat. La partie civile, elle, n’a pas eu le temps de finir sa plaidoirie.

Patrick l’étoile de mer

Clovis : « Est-ce que t’as vraiment envie de sortir Bob l’éponge ou Patrick entre deux dragons, tu sais ? »

Morgrim : « Bah ma foi, s’il est plus fort que toi, oui. »

Clovis : « J’invoque le Krusty Krab. »

MJ : « Voilà, tu vas te faire niquer par ce genre de geek, là. »

Morgrim : « Ah ouais, putain, tu vas te faire humilier par Bob l’éponge, là. »

Morgrim : « Y a Patrick l’étoile de mer qui va te rect, frère. »

Clovis : « Non, là justement, l’édition où je vais, c’est un nouveau set qui est dans le vrai univers de Magic. »

Morgrim : « Ah, et on s’en bat les couilles, frère, de toute façon tu vas perdre toute la soirée. »

Le puriste défend la noblesse des dragons, la table lui prédit une défaite contre une étoile de mer. Pour une fois, ses compagnons s’intéressent à son avenir.

20CHRONIQUES DES CHAMPIONS D’ALEAR | La Tour gelée | 10 septembre 2026

 

 

Merci de lâcher vos dons

MJ : « OK, les viewers. Merci de lâcher vos dons. »

Clovis : « C’est vrai qu’on est en live, les mecs. »

MJ : « Mais en live, on serait tellement connus depuis le temps, si on avait live depuis le début. »

Clovis : « Putain, j’avoue. On est bien plus drôles que tous ces connards-là. »

Morgrim : « On s’est surtout fait ban sur toutes les plateformes. »

MJ : « Entre ceux qui nous auront soutenus et ceux qui auront insulté nos mères, je pense que ça aurait été drôle à voir. »

Morgrim : « C’est vraiment des nazis. »

MJ : « C’est des misogynes. »

Morgrim : « Pente masculiniste. »

La conversation glisse vers un inconnu qui profite de l’argent de Silat. La communauté imaginaire reçoit aussitôt sa première mission :

MJ : « C’est vrai qu’on aurait pu lancer la commu. Eh, la commu, allez, allez lui niquer sa life à ce mec-là. »

Silat : « C’est bien connu que c’est comme ça qu’on perce. »

MJ : « Je savais pas à quoi il ressemblait jusqu’à ce que t’envoies sa photo, là. Je connaissais pas sa gueule, maintenant j’ai sa gueule en tête. »

Morgrim : « Tu le vois en train de bouffer un kebab, là, ou en train de se faire sucer par un ladyboy en Thaïlande avec ta tune. »

MJ : « C’est fou. »

Une minute de carrière de streamer, et la chaîne est déjà bannie puis reconvertie en milice de recouvrement. La rédaction taira l’identité du débiteur : elle tient à garder ses plateformes.

Les absents ont toujours tort

Le caleçon de Morgrim

MJ : « On va attendre que Morgrim revienne, peut-être. Morgrim a une absence. »

Silat : « On est parti, pipi sur la tour. »

MJ : « Il se barre avec son truc de geek, Iron Maiden. »

MJ : « Merde, son caleçon, il est pire, regarde, il est dégueulasse. Regarde-le. »

MJ : « Il est gras comme un cochon avec sa barbe. »

Clovis : « Arrête, putain. Ça t’enregistre, en plus. »

MJ : « Ouais, mais il l’aura quand ? Quand ce sera mis sur le papier. »

Une minute d’absence en pleine scène sur l’enfant de Silat, et le nain y laisse son honneur vestimentaire. Le MJ voulait que ce soit écrit ; la rédaction s’exécute.

La gueuse

Morgrim : « Oh, compagnons, tout le monde va bien ? »

Clovis : « Irina n’a pas l’air de s’en remettre, je crois, mais… »

Morgrim : « Bon. Oh, c’est l’altitude, elle s’en remettra, la gueuse. »

MJ : « Merci, Morgrim. »

Clovis : « Je te prie d’utiliser un autre langage. »

Clovis : « J’ai très bien entendu. »

Lorian : « Vous n’avez pas commencé, vous. »

L’aimée du barde suffoque dans la tour, et le nain apporte tout son réconfort en un seul mot. Le MJ, qui prête sa voix à Irina, encaisse avec une politesse glaciale, de saison à cette altitude.

21CHRONIQUES DES CHAMPIONS D’ALEAR | La Tour gelée | 10 septembre 2026

 

 

Le grand mage paresseux

Clovis : « Pour utiliser la compréhension des langues, Silat, mais ça me servira à rien. »

Morgrim : « Oh bah oui, ce serait pas utile d’en savoir un peu plus, oui. »

MJ : « Je pourrais élucider ce mystère, mais je ne le ferai pas. »

Le parchemin reste illisible. Le procès en paresse ne fait que commencer :

Clovis : « Donc, foutez-vous de ma gueule. »

Morgrim : « Ah ben c’est que le début, hein. »

MJ : « Je pourrais être utile au groupe, mais je pense que l’océan ne veut pas, je sais pas pourquoi. »

Clovis : « Mais je n’en ai pas envie. »

Morgrim : « Mais pas ce soir. »

Clovis : « Les astres ne sont pas… »

Clovis a demandé qu’on se foute de sa gueule, et la table l’a exaucé avec un zèle rare. Puis il a fini la parodie à sa place : les astres ne sont pas d’accord.

Le vampire cloporte

Silat : « Entrez donc, monsieur le vampire. »

Clovis : « Toc toc toc, je peux rentrer ? Oui ! »

Morgrim : « Mais ah oui, mais d’ailleurs c’est vrai ça, Clovis, il peut rentrer comme ça à chaque fois. »

MJ : « Ce n’est pas un vampire supérieur, Clovis. »

Morgrim : « Ah, il est inférieur ? Dis-le ! »

Clovis : « Je suis un vampire. Je suis un vampire. »

MJ : « Il est inférieur. »

MJ : « En commun, on appelle ça un vampire cloporte. »

Morgrim : « Oh vas-y, continue, continue. »

MJ : « Un parasite. »

Morgrim : « Ah, merci. Ah, cette session, alors. »

Clovis voulait une malédiction gothique et il se retrouve avec un insecte. Le nain, lui, tient enfin la session de sa vie.

Que celui qui n’a jamais glissé

Morgrim : « Non mais c’est bon, Clovis, t’as cassé l’échelle, t’as cassé l’échelle. »

Clovis : « Vous n’avez jamais glissé. »

Silat : « Que celui qui n’a jamais glissé… »

Clovis : « … tombe le premier. »

L’Évangile selon Clovis est réécrit au pied d’une échelle en miettes. Pendant ce temps, Godfrey a fait l’aller-retour à l’étage, à travers les murs :

Clovis : « Mais il faut y aller là-haut. Enfin, faut attendre qu’ils reviennent. »

Morgrim : « Mais vas-y, Clovis, il est revenu. »

MJ : « Il est revenu, il vous a dit tout ce qu’il vous a dit. »

Clovis : « OK, je pensais que c’était du troll. »

Morgrim : « T’es champion, toi. »

Le fantôme a fait son rapport complet, et le vampire l’a pris pour une blague. Il n’a pas glissé, cette fois : il n’écoutait pas.

22CHRONIQUES DES CHAMPIONS D’ALEAR | La Tour gelée | 10 septembre 2026

 

 

Gastronomie vampirique

Aïoli et pieds de porc

Silat : « J’ai une gousse d’ail, est-ce qu’on la consomme ou on la garde ? »

Silat : « L’insolence de se faire un aïoli avant de m’affronter. »

Morgrim : « Grave. Manger de l’ail cru avant d’affronter un vampire. »

Clovis : « Moi, j’aimerais vous demander, mes amis, peut-être quelques gouttes de votre sang. »

Morgrim : « Sérieux, là ? »

Clovis : « Oui. »

Morgrim : « Excuse-nous, Clovis. J’ai des pieds de porc pour toi si tu veux, mais t’auras pas mon sang. »

Le barde plaide alors sa cause comme on lit une notice de règles :

Lorian : « Alors que moi je remarque, j’ai même plus à manger dans mon sac, tu veux notre sang. »

Clovis : « Lorsque je subis des dégâts que je qualifierais de radiants, je sens que j’ai comme un désavantage face à eux. »

Morgrim : « Enculé. »

Clovis voulait émouvoir ses amis, et il leur a récité sa fiche de personnage. Le jury a rendu son verdict en un mot.

Déglacer les sucs

MJ : « Alors, Morgrim, envoie-moi une chopine et on va démêler le vrai du faux. »

Morgrim : « Moi, j’ai ma marmite à cuisiner accrochée à mon sac, mais pas question que tu la souilles de ton sang, là. Hop, je balance une marmite qui traînait par terre. »

MJ : « Morgrim, t’es en train de dire que mon sang est souillé ? »

Morgrim : « Bah, t’as quand même le sang des enfers, mon ami, on ne sait pas ce que ça va donner sur lui. »

MJ : « Effectivement, il peut être un peu épicé. »

Clovis : « Mais mec, tu veux faire déglacer les sucs de son sang, ça va être excellent. »

Un démon offre son sang à un vampire ligoté à une chaise, et la conversation tourne à l’émission culinaire. Morgrim protège sa marmite mieux que ses compagnons.

Le goût fromager

Clovis : « C’est un peu gras, tes pieds, mais c’est très bon. »

Lorian : « Merci, Morgrim, pour ce repas. »

Morgrim : « J’avais plus d’épices, du coup j’ai râpé mes pieds, mais ça fait le taf. »

Clovis : « Ça, c’est le goût fromager. »

Silat : « Quand je disais pied de porc… »

MJ : « Oh, c’est horrible. »

Morgrim : « Ah, c’était pas figuré, hein. »

Le chef confirme qu’il cuisine avec ses pieds, au sens propre. Le guide gastronomique de Barovie ne lui attribuera aucune étoile ; c’est déjà le cas.

Surprise, bande de cons

Morgrim : « Est-ce qu’on n’ouvrirait pas une autre bouteille ou deux, là ? Je vous sens lancés, là. Allez. »

La deuxième bouteille se vide. Le MJ prend alors sa voix des grands soirs :

MJ : « Vous savez que chaque instant, chaque moment, quelque chose peut arriver, une catastrophe peut tomber, et… Ce soir, il vous en faudra plus. Il en faudra plus pour vous prendre par surprise. »

MJ : « Surprise, bande de cons. »

Morgrim : « Oui, on vous voit, les deux, hein. Il y a des lits en haut, hein. »

MJ : « Clovis et Irina ont l’air d’aller se coucher sous l’escalier, derrière des caisses. »

Morgrim : « Ah, c’est bon, enfin. »

Silat : « Il lui fallait sa dose de courage. »

Clovis : « Maintenant, j’ai un gramme dans le sang. »

Le MJ a sabordé sa propre tirade sur la vigilance en deux mots. Le vampire, qui réclamait du sang toute la soirée, est servi : il en a, avec un gramme d’alcool dedans.

23CHRONIQUES DES CHAMPIONS D’ALEAR | La Tour gelée | 10 septembre 2026

 

 

Bilan de mission

C’est pas grave, on le tue

Morgrim : « On n’anticipe que dalle à chaque fois, on tombe dans les pièges tout le temps. »

Clovis : « J’avoue. »

Lorian : « Ah ben oui, c’était écrit, en fait. Ah ben il est dans mon sac. »

Morgrim : « Oh, c’est pas grave, on le tue. »

MJ : « Ah putain, bon, OK. »

Clovis : « Le “c’est pas grave, on le tue”, tellement vrai. »

L’indice sur Néferon a voyagé toute la soirée dans le sac du druide. Le groupe en tire sa doctrine stratégique, qui tient en cinq mots et lui suffit depuis le premier tome.

Le musée de mon cul

MJ : « Et à la limite mardi, mais vous me faites chier. Mais mardi, c’est possible. »

MJ : « Parce qu’il y a Wolverine qui sort. »

Clovis : « Oh, ta gueule. »

MJ : « … dit-il avec ses cartes magiques de merde. »

Morgrim : « Mardi, il y a les 30 ans de Pokémon qui sortent. Il faut aller faire la queue, là, dans le magasin. »

Morgrim : « Tu vas voir la queue qu’il va y avoir dans ton magasin de jeux vidéo. »

MJ : « Tous les gitans, là, vont y aller. »

MJ : « Ils font déjà la queue pendant des heures comme des chiens pour l’édition spéciale du film de Mon cul sur la commode, ou pour le musée de mon cul. »

MJ : « Il y a Pikachu, ils se jettent dessus comme les chiens, franchement. Des gitans. Des parasites. »

Morgrim : « Ah mais les gens ici, frère, les gens qui travaillent pas, ils vont faire la queue de la nuit devant le magasin, c’est des oufs. »

Le MJ décale la prochaine séance pour la sortie de Wolverine, puis dénonce sans la moindre ironie ceux qui font la queue pour des produits dérivés. Le jury note qu’il recycle « parasite », déjà décerné à Clovis plus tôt dans la soirée : chez lui, l’insulte est une ressource renouvelable.

Le mode éco

Morgrim : « Putain. Ah, il a bugué, il s’est endormi, là. »

MJ : « Il a bugué, il s’est endormi en même temps. »

Morgrim : « Bah je sais pas, on le voit pas, frère, t’es tellement flou. »

Clovis : « Non, je suis là, les yeux ouverts. »

Silat : « Le mode éco s’active automatiquement. »

MJ : « Quel enculé. »

Clovis : « Je dois avoir les yeux un peu fermés avec la fatigue, ouais, c’est ça. Et du coup, de loin, vous voyez pas très bien. Ça m’arrange. »

Morgrim : « Mais on voit même pas ta bouche, de loin. »

Il est créature de la nuit, et la webcam l’éteint en fin de soirée. Clovis se réjouit qu’on le voie mal, ce qui résume assez bien sa stratégie depuis le début de la session.

Les tours jumelles

Silat : « On est le 11 septembre et on est devant les tours jumelles du temple d’ambre. »

Clovis : « Ah. Alors, ami perpignanais, sachez que le 11 septembre, c’est aussi et surtout la Diada, la fête nationale catalane. »

Clovis : « J’ai une Catalane, là, dans mon équipe. Une vraie de vraie, côté espagnol. Une stagiaire. »

Clovis : « Ça parle de caganer et de Sant Jordi dès la première rencontre. Je te jure que c’est vrai. »

Morgrim : « Ah, il y a la chatte à Lorian, maintenant. »

Clovis : « La grosse chatte… la grosse chatte de Lorian. OK, bon, allez, les gars. Adios, merci. »

Silat ose la vanne la plus risquée de la soirée, et Clovis répond par un exposé sur le folklore catalan, santon qui défèque compris. La séance s’achève sur un attentat, une fête nationale et l’apparition à l’écran de l’animal de compagnie de Lorian. Pour la double lecture, la rédaction précise : c’est un chat.

24CHRONIQUES DES CHAMPIONS D’ALEAR | La Tour gelée | 10 septembre 2026

 

 

Garde Lysander

 

 

Fond des roasts

Agrafage intracrânien du démiurge foireux

Te voilà donc, souverain de la brume, régisseur du destin, propriétaire d’un univers dont tu ne voyais pas le bord droit. « Ouais, ouais, mais je l’ai, tu sais que je… en fait je le prenais pour le truc, pour défiler là, pour monter l’image ou… » Magnifique entrée en fonction. Un bonhomme arrache les portes du temple ; toi, tu viens de négocier ta liberté avec trois petits traits dans un menu. Le créateur regardait sa propre création par le trou de serrure et trouvait ça normal. On devrait t’agrafer les paupières au cadre de l’écran, pour que chaque fenêtre fermée t’arrache enfin un cri à la hauteur de ton ambition cosmique.

Évidemment, ce revers administratif ne ralentit pas le dépôt des brevets. « Non, non, non, c’est Prince of Persia qui a imité mon style. » Le directeur possède maintenant l’antériorité sur les monstres. Clovis reconnaît une silhouette ; ta chancellerie ouvre aussitôt un dossier de contrefaçon. La modestie a été rayée du registre. Une conséquence de règles arrive au guichet, elle ressort avec un dossier de persécution métaphysique et un abonnement aux emmerdes. Putain, quel service public : tu demandes une pénalité, on te livre une police secrète de l’au-delà. Tout est signé, tamponné, validé par le même petit chef, qui ne sait toujours pas si sa musique fonctionne chez tout le monde.

Ensuite, tu installes une tour gelée et tes administrés se mettent à lire. Un papier, un carnet, un autre carnet, une pierre gravée : la campagne ouvre une antenne de conservation des archives en altitude. Tu les regardes examiner les dates, les gardiens, les voix et les prisonniers avec la satisfaction d’un préfet qui vient de découvrir une nouvelle annexe obligatoire. Pas de bataille pour couper la réunion ; le groupe a suffisamment de questions pour faire vivre la paperasse tout seul. On pourrait te passer les doigts dans la relieuse et fabriquer avec tes phalanges les anneaux du compte rendu : tu trouverais encore moyen de demander une table des matières.

Et tu sais tenir le guichet ouvert. Avec 47,5 % des mots transcrits, presque la moitié de la papeterie est dictée par son propre directeur. Pendant que tes héros mangent, discutent du sang et cherchent où dormir, le service des révélations travaille en arrière-boutique. Le renard a sa conversation, son prix, son petit déplacement offert ; plus tard, la montagne aura son apparition et l’apparition son autre visage. C’est du travail de bureau impeccable : chaque porte franchie révèle un fonctionnaire supérieur, chaque réponse possède son compartiment confidentiel. Un vrai tyran écrase la révolte sous sa botte ; toi, tu lui donnes une lettre illisible et tu observes combien de temps elle débattra de l’identité du signataire. Le dossier avance très bien. Les gens, beaucoup moins.

Puis tombe ton bilan de productivité : « Mais c’est vrai que j’ai tendance à surestimer la productivité. » À la clôture, tu comptes même réutiliser la moitié de ton post-it. Voilà donc le support matériel de la fatalité. Les héros se croient pris dans les griffes d’un vampire ; ils sont surtout coincés dans la moitié inférieure d’un carré jaune. Même la colle tient mieux ses engagements que le calendrier de cette expédition. Tu nous vends du destin à la tonne et tu factures l’avancement au millimètre de papeterie.

Le jour de l’Apocalypse, les vrais bonshommes porteront les portes à bout de bras pour laisser sortir les survivants. Toi, tu voudras préserver la marge pour la prochaine séance. On t’écrasera entre deux tampons géants, on découpera ta peau en intercalaires pour les demandes urgentes et on prendra ta langue pour humecter les enveloppes du jugement dernier. Tu seras enfin un service entièrement dématérialisé, sauf les morceaux. Et ton putain de post-it n’aura toujours pas fini de coller.

Rompez.

 

 

Fond des roasts

Exsanguination acrobatique du prédateur assisté

La tour te donne une échelle et tu y vois immédiatement une scène. « Vas-y, je monte à la verticale pour flex avec mes pattes d’araignée. » Voilà l’animal. Le danger peut attendre, monsieur doit exposer ses mollets au public. Tu grimpes sans les mains, tu arrives sous la trappe, puis tu reprends appui sur l’échelle pour forcer. Elle casse. Tu tombes. C’est presque une démonstration complète de tes pouvoirs : le vampire défie la gravité jusqu’à ce qu’un meuble réclame le respect. Je te remonterais avec tes propres tendons en guise de cordes, juste pour que ton prochain numéro possède enfin un dispositif de sécurité incorporé.

Il fallait des épaules, bordel, pas un rappel. Tu as fourni les débris sans ouvrir le passage, ce qui est une conception assez généreuse du spectacle participatif. Godfrey peut ensuite traverser le plafond pendant que tu récupères ta dignité parmi les barreaux. Ton masque, ta discrétion, ta démarche de créature nocturne : tout ce bel emballage finit par terre avec le bruit d’un rayon de bricolage qu’on renverse. Tu es un prédateur d’ameublement, un effroi pour la menuiserie, une légende qu’on transmet aux tabourets pour qu’ils restent loin du bord. Le public n’applaudit pas encore ; il vérifie si le plancher tient.

Puis vient l’entracte alimentaire. Tu demandes du sang, les compagnons discutent, Daemon accepte de donner le sien dans un récipient, et Lorian t’attache sur une chaise au rez-de-chaussée. Le grand chasseur de la nuit prend aussitôt la mesure du problème : « Bon, lequel d’entre vous va me donner la béquée, du coup, hein ? Je suis pas capable de boire dans cet état-là. » Putain, quel fauve. Il faut te servir, te tenir et surveiller si tu ne transformes pas le dîner en massacre. On te plierait en deux pour faire un pupitre que tu demanderais encore à quelqu’un de tourner les pages. Le frisson gothique a désormais les deux mains occupées par une casserole.

Et le numéro, évidemment, fonctionne. Tu bois, tu dégages assez de mort pour faire reculer les autres, puis tout s’apaise. Tu vois de la lumière, un palais parmi les nuages, et te voilà rempli d’une paix remarquable. Ton bulletin sanitaire tient en cette déclaration : « OK, OK, OK. Écoute. Ça va, je veux dire, je n’ai attaqué personne. » Le standard de réussite est admirable : zéro compagnon dévoré, on peut rappeler les enfants. Un vrai monstre exige un tribut ; toi, tu remplis ton formulaire de bonne conduite avec une bouche encore mouillée. Ta plénitude ressemble surtout à une ovation que l’orchestre aurait acceptée par soulagement.

Reste la sortie de scène. Tu demandes qu’on te détache ; les autres hésitent ; l’attente t’agace ; tu contractes les muscles et les liens éclatent. Excellent argument pour rassurer des amis qui viennent précisément de discuter de ta dangerosité. Tu leur prouves que tout est maîtrisé en démontrant que leur précaution ne pourrait pas te retenir. Le prédateur nourri à la cuillère arrache sa chaise haute symbolique et revient vers le repas, ravi de sa performance. Tu remercies Daemon, certes, mais il a donné son sang pour financer une tournée dont personne n’a encore lu les conditions d’assurance.

Le jour de l’Apocalypse, les vrais bonshommes arracheront les crocs des monstres pour en faire des pointes de lance. Toi, tu demanderas si quelqu’un peut tenir ton gobelet pendant ton salut. On te désossera pour reconstruire l’échelle, on fera de tes côtes les barreaux et de ton crâne la cloche annonçant l’entracte. Tu auras enfin porté tes compagnons vers le haut. Ils monteront sans applaudir, de peur que tu réclames un rappel.

Rompez.

 

 

Fond des roasts

Compression hydraulique du marmiton carrossé

À peine entré dans la tour, tu inspectes les lieux comme un véhicule de chantier à qui l’on aurait appris à sentir le dîner. De la pierre ancienne, du mobilier plus récent, des coffres : le petit camion nain découvre un chantier avec restauration sur place. Ta méthode d’ouverture est immédiatement homologuée. « Avec mon épée là, je mets mon épée comme ça et je suis en mode pied de biche. » Putain, l’équipement héroïque chez toi, c’est un utilitaire dont toutes les options finissent au garage. On devrait te rabattre le crâne sur les genoux comme un capot, pour vérifier si le cerveau est seulement fourni avec le modèle.

Le premier coffre s’ouvre et livre encore un carnet. Le suivant connaît une politique industrielle plus ambitieuse : tu le pulvérises avec ce qu’il contenait. Un bonhomme prend un trésor ; toi, tu le convertis en matière première avant de savoir s’il était précieux. Le service archéologique appréciera cette méthode de conservation par disparition. Impossible de voler ce que tu as déjà réduit en miettes, c’est vrai : tu viens d’inventer l’antivol absolu. Ton corps pourrait transporter des mystères cosmiques, il sert surtout ici de pare-chocs entre le monde ancien et ta patience. Avec toi, même les meubles abandonnés doivent déclarer un accident responsable.

Puis le véhicule passe en configuration camping. « Je me sers de mon épée solaire qui dégage la lumière du soleil pour dégeler le bois. » Voilà. La lumière destinée à défier les ténèbres devient une option de dégivrage. Ça marche, en plus, et c’est précisément ce qui rend ta reconversion insupportablement cohérente : on ne peut même pas te retirer le permis. Tu disposes les bûches, tu envisages de faire recopier les notes pour brûler le papier, puis tu allumes finalement avec une torche. Les carnets échappent au barbecue. On te déroulerait les boyaux pour en faire un serpentin de chauffe que tu demanderais encore si le circuit permet de garder la sauce au chaud.

Le bras d’acier récupère ensuite une pierre tombée dans le foyer ; bientôt la marmite sort du sac. Tu as donc une pince intégrée, un chauffage solaire et une cuisine embarquée. À ce stade, la caravane pourrait poursuivre sa quête en te faisant immatriculer. Ton repas est bon, les compagnons le reconnaissent, et te voilà promu cantine mobile du désastre. Des puissances anciennes attendent sous la montagne pendant que tu tiens la cuisson : c’est sûrement la première fois qu’un destin épique dépend aussi directement du maintien au chaud. Un vrai nain distribue des coups de hache ; toi, tu distribues des portions et tu surveilles le combustible.

Puis Clovis demande une formule sanguine et le patron rappelle les limites de la carte : « J’ai des pieds de porc pour toi si tu veux, mais t’auras pas mon sang. » Le réservoir reste fermé. Tu refuses qu’on banalise la morsure, tu proposes de l’isoler, puis tu veilles sur l’expérience au rez-de-chaussée avec tes précautions. Pour une fois, le camion a de bons freins. Le lendemain, devant la créature qui t’agace, ils disparaissent : tu avances et tu rencontres une barrière invisible. Magnifique collision à faible allure. Après les coffres, enfin un équipement qui résiste à ton service d’ouverture express.

Le jour de l’Apocalypse, les vrais bonshommes chargeront les portes de l’enfer jusqu’à faire plier leurs gonds. Toi, tu chercheras où stationner pour ne pas renverser la marmite. On te passera sous une presse, on transformera ta carcasse en plaque chauffante et on recueillera ton dernier juron dans le bac à graisse. Tu seras enfin le véhicule cosmique idéal : immobile, brûlant, et assez plat pour cuire six saucisses. La fin du monde attendra le deuxième service.

Rompez.

 

 

Fond des roasts

Suture métaphysique du couturier péremptoire

Tu vois un papier pris dans la glace et tu sors le tisonnier. Voilà notre premier geste d’érudition : embrocher la correspondance avant de la lire. Ça réussit, tu récupères la feuille, tu la déplies avec précaution, et l’atelier ouvre. Avec un tisonnier et un peu de tripes, on tient une porte contre les monstres ; chez toi, on décroche le linge ancien. Je te coudrais les mains au bord du document avant de t’étirer entre deux chevalets : tu ferais un cadre de lecture assez pratique, quoique persuadé de connaître le tableau entier. La montagne a ses secrets, mais la mercerie a enfin reçu sa première livraison de tissu ancien.

Le plus beau vient après : tu lis ce que les autres ne comprennent pas. Ni Daemon, ni Lorian, ni Godfrey ne tirent le même sens de ces signes. Te voilà détenteur d’un talent singulier, d’un rapport mystérieux avec une langue oubliée, d’une occasion magnifique de vérifier tes coutures avant de vendre le costume complet. Ton certificat d’expertise arrive sous cette forme : « Ouais. Je ne saurais pas dire quelle langue c’est. » Impeccable. Le couturier taille une veste dans une étoffe qu’il ne sait pas nommer, ne connaît pas le fabricant et voudrait déjà expliquer pourquoi elle lui était destinée.

Tu partages heureusement le texte, ce qui permet au reste du groupe de contempler avec toi la quantité exacte de trous disponibles. Des gardiens, des puissances enfermées, des voyageurs annoncés : assez de matière pour un gilet, certainement pas encore pour habiller l’univers. Mais tu rapproches, tu compares, tu tires sur un fil, puis sur un autre. Putain, on entend presque la machine à coudre. Les gardiens et le sanctuaire sont à peine posés sur la table que tu cherches déjà la doublure théologique. Je te passerais le nez sous l’aiguille pour broder un point d’interrogation sur ta figure ; ce serait enfin un motif adapté au degré de certitude.

La pierre tirée de la cheminée te donne ensuite un nouveau morceau. Tu peux lire ses signes comme les précédents, et le texte décrit des prisonniers agités. Ta réception du colis tient en une phrase : « Là, ça semble confirmer mon intuition. » Ah, l’intuition : ce merveilleux patron en papier auquel toutes les mesures finissent par ressembler si l’on tire assez fort. Tu avances l’idée d’une mission manquée, de choses libérées, puis d’un clergé ; tout cela reste des hypothèses, mais ton atelier a déjà sorti les cintres. Les prisonniers pourraient encore être enfermés que tu leur aurais préparé la tenue de sortie et la procession d’inauguration.

Heureusement, un détail matériel vient ralentir la couture : pourquoi graver le message ? « Bonne question. Comment, pourquoi, pourquoi graver ça ? » Nous voilà revenus aux bases : qui a fait l’ouvrage, avec quoi, pour quel usage ? La petite stèle est de la pierre semblable à celle de la tour, et elle était cachée dans la cheminée. Ces éléments méritent examen, mais tu as déjà assez de pistes pendantes pour étrangler un mannequin de vitrine. Un vrai bonhomme sait où planter sa lame ; toi, tu déplaces tes épingles autour du mystère en espérant que l’ensemble prendra naturellement la forme d’une réponse.

Le jour de l’Apocalypse, les portes se déchireront et les vrais bonshommes retiendront les monstres à mains nues. Tu voudras vérifier si la déchirure suit le droit-fil de ta théorie. On te découdra du menton aux talons, on tendra ta peau sur le grand métier du jugement et on brodera tes certitudes avec les fils qui dépassent. Le résultat pendra de travers : même transformé en tapisserie, tu auras réussi à confondre un indice avec le patron complet. Le monde brûlera pendant que tu chercheras la notice d’entretien.

Rompez.

 

 

Fond des roasts

Laminage chlorophyllien du gestionnaire pointilleux

Godfrey traverse le mur, revient et annonce que la tour est déserte. Toi, tu ouvres immédiatement le service prévention. « Attends, Clovis. Avant qu’on aille plus loin, je vais essayer de faire en sorte qu’on ne se fasse pas repérer comme à notre habitude. » Le ton est donné : nous allons entrer dans une ruine, mais conformément à la politique interne. Tu étends ton voile de discrétion et l’expédition devient un déplacement professionnel couvert par une procédure. Je te perforerais le front à la troueuse de bureau : tu pourrais enfin porter tes autorisations de passage vissées entre les yeux.

Pour tenir une tour, il faut des tripes et une lame à portée. Toi, tu commences par effacer les traces de tous les collaborateurs présents dans le périmètre, comme un chef de service qui purge les feuilles de présence. Ce n’est même pas inutile, ce qui est vexant pour le reste du monde : tes précautions ont de vrais effets, et tu peux donc continuer à les expliquer. Tu es cette sorte de chef de service qui a raison assez souvent pour rendre son prochain point de vigilance inévitable. On vient chercher un temple dangereux ; tu nous fais d’abord profiter d’une expérience parfaitement encadrée de la circulation dans les escaliers.

La nuit tombe et le responsable des locaux reprend la main. Tu sais dissimuler le camp, sa lumière et sa fumée ; tu installes ton foyer autour de la table et les murs prennent leur halo vert. Le feu bleu de Morgrim complète l’ensemble. Putain, quel établissement : la montagne est hostile, mais l’espace détente possède désormais deux ambiances lumineuses. Tu pourrais faire pousser une forêt et tu proposes une salle commune. Je te planterais à l’envers dans un pot, les jambes taillées en portemanteau, que tu demanderais encore si l’installation respecte le confort des usagers. Le destin frappe dehors ; le responsable du site lui conseille de patienter dans l’entrée.

Puis le vampire réclame à boire et tu passes de l’hébergement au contrôle des risques. « Vas-y, Clovis, mets-toi sur une chaise, je vais te mettre une corde. » Voilà ta grande méthode : immobiliser la menace sur le mobilier disponible. Tu le lies au rez-de-chaussée, tu prends le récipient et tu lui donnes le sang de Daemon, transformant le refuge en unité de restauration sous surveillance. Les liens sont correctement serrés ; Clovis les brise pourtant après avoir bu. Ton protocole était sérieux, ton matériel parfaitement banal, et le bénéficiaire vient de monter en gamme sans prévenir le service. On admirera longtemps ce programme de fidélisation dont le client peut arracher lui-même les conditions générales.

Tu soignes ensuite la main de Daemon, parce qu’un gestionnaire consciencieux répare aussi les conséquences de la prestation. Plus tard, tu demandes à Clovis ce que son choix signifie, tu écoutes sa détermination, et tu restes près du foyer : « Moi, je vais rester au bord de la cheminée pour garder le foyer de l’ombre actif. » Même ton sommeil ressemble à une permanence. Un vrai bonhomme ronfle sur son arme ; toi, tu assures la continuité du service au sol. Le lendemain, tu remarques que la neige ne fond pas sous le cheval en flammes : superbe contrôle de conformité thermique. Le faux Strahd vient de recevoir un avis défavorable de la commission des locaux.

Le jour de l’Apocalypse, les vrais bonshommes arracheront les racines du monde pour fouetter les démons. Toi, tu dresseras le plan de maintien des activités pendant l’effondrement. On te passera dans la grande presse à herbier, on fera de ta colonne le support de l’organigramme et de tes doigts les flèches vers les sorties de secours. Tu seras enfin un manager parfaitement plat, sec et consultable. Les survivants chercheront un passage ; tu leur offriras une signalétique irréprochable au milieu des cendres.

Rompez.

 

 

Codex illustré

 

 

Codex illustré — planche 1

25

CHRONIQUES DES CHAMPIONS D’ALEAR | La Tour gelée | 10 septembre 2026

 

 

Codex illustré — planche 2

26

CHRONIQUES DES CHAMPIONS D’ALEAR | La Tour gelée | 10 septembre 2026

 

 

Codex illustré — planche 3

27

CHRONIQUES DES CHAMPIONS D’ALEAR | La Tour gelée | 10 septembre 2026

 

 

Codex illustré — planche 4

28

CHRONIQUES DES CHAMPIONS D’ALEAR | La Tour gelée | 10 septembre 2026

 

 

Codex illustré — planche 5

29

CHRONIQUES DES CHAMPIONS D’ALEAR | La Tour gelée | 10 septembre 2026

 

 

Codex illustré — planche 6

30

CHRONIQUES DES CHAMPIONS D’ALEAR | La Tour gelée | 10 septembre 2026

 

 

Codex illustré — planche 7

31

CHRONIQUES DES CHAMPIONS D’ALEAR | La Tour gelée | 10 septembre 2026

 

 

Codex illustré — planche 8

32

CHRONIQUES DES CHAMPIONS D’ALEAR | La Tour gelée | 10 septembre 2026

 

 

Codex illustré — planche 9

33

CHRONIQUES DES CHAMPIONS D’ALEAR | La Tour gelée | 10 septembre 2026

 

 

Codex illustré — planche 10

34

CHRONIQUES DES CHAMPIONS D’ALEAR | La Tour gelée | 10 septembre 2026

 

 

Codex illustré — planche 11

35

CHRONIQUES DES CHAMPIONS D’ALEAR | La Tour gelée | 10 septembre 2026

 

 

Codex illustré — planche 12

36

CHRONIQUES DES CHAMPIONS D’ALEAR | La Tour gelée | 10 septembre 2026

 

 

Codex illustré — planche 13

37

CHRONIQUES DES CHAMPIONS D’ALEAR | La Tour gelée | 10 septembre 2026

 

 

Codex illustré — planche 14

38

CHRONIQUES DES CHAMPIONS D’ALEAR | La Tour gelée | 10 septembre 2026

 

 

Codex illustré — planche 15

39

CHRONIQUES DES CHAMPIONS D’ALEAR | La Tour gelée | 10 septembre 2026

 

 

Codex illustré — planche 16

40

CHRONIQUES DES CHAMPIONS D’ALEAR | La Tour gelée | 10 septembre 2026

 

 

Codex illustré — planche 17

41

CHRONIQUES DES CHAMPIONS D’ALEAR | La Tour gelée | 10 septembre 2026

 

 

Codex illustré — planche 18

42

CHRONIQUES DES CHAMPIONS D’ALEAR | La Tour gelée | 10 septembre 2026

 

 

Codex illustré — planche 19

43

CHRONIQUES DES CHAMPIONS D’ALEAR | La Tour gelée | 10 septembre 2026

 

 

Codex illustré — planche 20

44

CHRONIQUES DES CHAMPIONS D’ALEAR | La Tour gelée | 10 septembre 2026

 

 

Codex illustré — planche 21

45

CHRONIQUES DES CHAMPIONS D’ALEAR | La Tour gelée | 10 septembre 2026

 

 

Codex illustré — planche 22

46

CHRONIQUES DES CHAMPIONS D’ALEAR | La Tour gelée | 10 septembre 2026

 

 

Codex illustré — planche 23

47

CHRONIQUES DES CHAMPIONS D’ALEAR | La Tour gelée | 10 septembre 2026

 

 

Codex illustré — planche 24

48

CHRONIQUES DES CHAMPIONS D’ALEAR | La Tour gelée | 10 septembre 2026

 

 

Codex illustré — planche 25

49

CHRONIQUES DES CHAMPIONS D’ALEAR | La Tour gelée | 10 septembre 2026

 

 

Codex illustré — planche 26

50

CHRONIQUES DES CHAMPIONS D’ALEAR | La Tour gelée | 10 septembre 2026

 

 

Codex illustré — planche 27

51

CHRONIQUES DES CHAMPIONS D’ALEAR | La Tour gelée | 10 septembre 2026

 

 

Codex illustré — planche 28

52

CHRONIQUES DES CHAMPIONS D’ALEAR | La Tour gelée | 10 septembre 2026

 

 

La Tour gelée

Pour délivrer les leurs, les Champions d’Aléar doivent atteindre le temple et trouver l’orbe.

Une tour gelée leur offre une halte. Parmi les débris, des écrits parlent de puissances enfermées dans l’ambre, d’anciens gardiens et de sacrifices offerts à un dieu silencieux. Chaque découverte rend plus incertain ce qui les attend au bout du chemin.

D’autres convoitent déjà l’artefact. Leurs promesses prennent forme dans l’ombre, tandis que, sous la montagne, quelque chose s’agite dans l’ambre…


Quatrième de couverture