LysanderLysander
Tome 17 - Ce que la mort réclame

Ce que la mort réclame


LES CHAMPIONS D’ALEAR


LA MALEDICTION DE STRAHD

Une main et les fils des vies

 

 

Garde intérieure

 

 

SPEEDRUN

Chez Mordenkainen, les Champions débattent de leurs promesses et de leur fuite de Barovie. Une amulette rapproche Clovis de Morgrim et révèle un danger autour de Briorn. Lorian choisit de pouvoir prendre la place d’un compagnon frappé ; Irina confie ses rêves au barde. Sur leurs traces, Strahd relève Davian et lui soumet les corbeaux. Au matin, le mage prépare sa tentative de portail et avertit Silat : une entité réclame sa mort inachevée. Le groupe s’engage sur la Luna à bord d’un radeau, tandis que Baba Lysaga rejoint, asservie, les forces du vampire.

1CHRONIQUES DES CHAMPIONS D’ALEAR | Ce que la mort réclame | 26 mars 2026

 

 

Préface

Personne ne signe la dette d’une vie sauvée. Celui qu’on relève respire, et pour lui c’est assez. Les comptes, eux, s’ouvrent sans qu’il le sache : on l’a vu tomber, on l’a vu se redresser, et ceux qui regardaient savent ce que cela a coûté.

Le plus souvent, cette dette prend le nom de promesse. On jure de revenir, de servir, de ne pas abandonner ceux que l’on a convaincus de marcher. Ces serments sont honnêtes. Ils ont seulement le défaut de s’additionner. Un homme peut devoir sa vie à plusieurs ; il n’en a qu’une pour payer, et chaque créancier la voudrait tournée d’un autre côté.

Certains s’endettent d’eux-mêmes, sans que rien leur ait été prêté. Ils décident que le prochain coup sera pour eux. Aucun registre n’inscrit ce geste. C’est peut-être ce qui le garde libre.

D’autres créanciers n’ont jamais rien prêté. Ils attendent qu’un cœur reparte pour venir chercher leur part, et ils savent attendre. J’ai vu des tombes se rouvrir pour solder des dettes dont le mort n’avait jamais entendu parler.

Mes archives sont pleines de vies rendues. Je ne sais pas encore lesquelles ont été rachetées.

Les créanciers des vivants, Lysander Plume d’Argent, scribe et archiviste d’Alear.

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Prologue

Le fil inachevé

Il n’y a pas de vent, ici. Pas de temps. Pas de battement. Seulement l’attente. Un espace suspendu entre une multitude de respirations des mondes.

Au centre, elle siège, ni vivante ni morte, mais exactement à l’endroit où tout s’arrête. Ses doigts pâles sont ouverts comme si elle tenait quelque chose d’invisible. Et autour d’elle, des milliers de corbeaux immobiles. Pas en vol : posés sur des millions de fils d’or tendus vers l’infini. Ou serait-ce plutôt des chaînes reliées aux phalanges de la dame, comme des pensées que l’on refuse de finir ?

Soudain, un frémissement infime, mais suffisant. Un fil vibre, un seul parmi des millions. Les yeux se lèvent et le monde apparaît comme une erreur.

Elle voit Clovis qui a été maudit, Lorian qui a choisi, Morgrim qui a payé. Et puis, elle voit Silat. Silat ne choisit pas. Silat est ramené, arraché brutalement, sans accord, sans passage, sans regard vers elle.

Le silence se tend. Pas plus fort, pas plus sombre : plus précis. Ses lèvres ne bougent pas, mais quelque chose parle, partout à la fois.

« Ce fil n’a pas été coupé. »

Un corbeau tombe, sans bruit, sans chute.

« Ce moment n’a pas eu lieu. »

Ses doigts se referment lentement, comme si elle recherchait une plaie invisible.

« Alors il doit être accompli. »

L’ombre derrière elle bouge comme une absence qui reprend conscience. Une silhouette se dessine, brisée, décalée, incomplète et pourtant massive. Il n’avance pas, il apparaît là où il doit être. Son corps se stabilise mal. Son torse est ouvert par un trou béant.

La dame ne le regarde pas. Elle n’en a pas besoin.

« Orphéon. »

Le nom ne résonne pas, il s’impose.

« Ce qui a été refusé doit être achevé. »

Un instant, presque rien, mais dans cet instant, Orphéon voit la mort de Silat comme une chose incomplète. Pas de colère, pas de haine, pas de jugement : seulement la fin.

Orphéon incline légèrement la tête en signe d’alignement. Il disparaît dans l’endroit exact où il n’aurait jamais dû être. Les corbeaux recommencent à bouger très lentement et le destin respire à nouveau.

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I

LA PAROLE DONNEE


La parole donnée

 

 

Avant que le véritable manoir de Mordenkainen ne les laissât enfin dormir, il y eut encore des paroles. Le mage s’était retiré, suivi de son chien fantomatique. Un couloir avait changé de direction pour l’accueillir; l’ouverture qui semblait conduire à gauche s’était infléchie vers la droite, et l’archimage avait disparu dans sa propre maison. Morgrim avait eu le temps de le remercier pour son bras. Il restait maintenant dans le salon, avec cette main retrouvée et une question qu’aucune des réponses du mage n’avait apaisée.

« Nous l’avons enfin trouvé. Mais il n’a pas l’air très confiant dans ses chances de vaincre Strahd. »

Lorian releva les yeux. C’était leur but lui-même qui semblait bouger, comme les murs derrière lesquels leur hôte venait de s’effacer. Ils avaient cherché un homme capable de les aider à terrasser le vampire; cet homme leur avait parlé d’une prison qui survivrait à son maître. Tuer Strahd ne suffirait peut-être pas à les faire sortir. La malédiction de Clovis plongeait ses racines plus loin encore, jusqu’à Kas. À chaque porte qu’ils ouvraient, une autre apparaissait.

Morgrim posa la question sans détour. S’ils trouvaient un passage hors de Barovie, pourquoi ne pas simplement le prendre?

L’orbe. Silat revint à l’orbe demandé par Aléar, à cette mission presque enfouie sous les périls rencontrés en chemin. Retrouver Mordenkainen; rapporter ce qui permettrait de purifier les anciens héros enfermés dans les fioles. Il fallait encore gagner le Temple d’Ambre. Ils s’étaient attachés à tant de combats qu’ils risquaient d’oublier ce pour quoi on les avait envoyés.

Mais le passage dépendait du mage, et le mage aurait besoin d’être protégé. Que Strahd se présente pendant qu’il travaillait, et leur espoir de sortie pouvait mourir avec lui. Morgrim se rappela la montagne montrée par l’archimage, la lutte après la fermeture de la faille, le corps de Van Richten jeté contre la pierre. Mordenkainen n’avait pas affronté le vampire en pleine possession de ses forces. Il avait tenu malgré l’épuisement. Peut-être suffirait-il de lui laisser le temps de récupérer.

« Nous avons déjà perdu dix-huit ans », rappela Clovis.

Les mots pesèrent autrement que toutes les menaces entendues depuis leur arrivée. Dix-huit nuits ici. Ailleurs, des visages qu’il avait laissés jeunes pouvaient avoir vieilli jusqu’à devenir étrangers. Ses parents étaient peut-être morts. La pensée revenait avec une simplicité atroce, sans vision pour l’annoncer, sans messager qu’il pût interroger. Il fallait partir; chaque discussion, chaque détour semblait désormais prendre sa part de ce qu’il ne reverrait pas.

Morgrim ne ressentait pas ces années avec la même morsure. Il avait quitté son clan depuis longtemps. À cent cinquante ans, dix-huit années n’avaient pas le même poids qu’entre les mains d’un homme. Clovis le regarda, la bouche serrée.

« Nous n’avons pas tous cette constitution-là. »

Silat ramena leurs pensées vers ce qu’ils pouvaient encore choisir. Si Mordenkainen préparait le passage tandis qu’eux-mêmes atteignaient la source du pouvoir de Strahd, le vampire serait contraint de partager son attention. L’assaut du château pouvait ajouter une autre menace. Il fallait faire jouer leurs forces ensemble. Clovis hésitait devant ce pari, puis revenait à Ravenloft. Sous le château, dans les cryptes, il espérait trouver des réponses concernant le roi Barov et ses propres origines.

« Tes intentions personnelles? » releva Morgrim.

Le barde protesta. Il pouvait s’y trouver aussi de quoi combattre Strahd. Lorian rappela ce cœur dont ils avaient entendu parler, dans le château : une faiblesse possible, ou le moyen de l’enfermer. Le nain n’écartait pas la recherche, mais Ravenloft était le domaine de leur ennemi. Y soutenir un siège reviendrait à lui laisser choisir le terrain, les hommes, les ressources. Toutes leurs cartes devaient servir avant qu’il ne soit trop tard.

Et ces cartes avaient des visages.

Godfrey était là, avec Daemon et Irina. Les chevaliers attendaient qu’on les guidât devant le château; Vladimir ne voulait pas accorder à Strahd une délivrance trop facile. Les Inquisiteurs avaient obtenu une promesse de remise du vampire. Les loups-garous voulaient sa mort. Van Richten n’avait pas traversé tant de souffrances pour se satisfaire de mots. Et dans la profondeur du lac, le Léviathan leur avait demandé de la compassion.

« Elle peut se gratter, la baleine », lâcha Morgrim.

Lorian constata qu’ils ne pourraient satisfaire tout le monde. À mesure que leurs alliés se rassemblaient, la victoire devenait une chose que chacun nommait différemment. Pour l’un, une exécution; pour l’autre, un prisonnier; pour un autre encore, une vengeance sans terme. Ils avaient serré des mains, accepté des secours, donné leur parole. Même une porte ouverte dans les brumes ne ferait pas disparaître ces engagements.

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Morgrim voulait qu’on le dise clairement. Combattraient-ils jusqu’au bout? Mettraient-ils la tête de Strahd sur une pique devant son château?

Clovis revint à l’orbe. Silat aussi. Si cet objet pouvait rendre aux héros capturés ce qu’on leur avait arraché, sa recherche passait avant la vengeance. Lorian proposa de continuer à préparer la bataille, d’user des reliques et des alliances, mais de conserver une issue si toutes leurs forces se révélaient insuffisantes.

Le nain se tourna vers lui.

« Ce discours ne m’étonne pas d’un elfe. Mourir sur un champ de bataille n’est pas assez noble pour toi? »

Lorian ne releva pas l’insulte. Strahd se trouvait sur leur chemin, répondit-il; cela en faisait une bataille, pas nécessairement leur guerre entière. Morgrim opposa les pactes conclus. Depuis qu’ils avaient promis leur aide, cette guerre les concernait. Il ne leur demandait pas de mourir pour le plaisir d’une belle fin. Il leur demandait de ne pas laisser derrière eux ceux qu’ils avaient convaincus de marcher.

Clovis écoutait. Une autre possibilité continuait pourtant de le retenir. Strahd voulait sortir. Mordenkainen l’avait dit, et le Léviathan avait laissé entrevoir un être plus ancien que le tyran rencontré sur leurs routes. Peut-être ce désir d’en finir avec sa prison pouvait-il devenir autre chose qu’une nouvelle menace.

« Ne voulait-il pas disparaître? »

Morgrim le fixa.

« Partir de Barovie. Ce n’est pas la même chose. »

Le barde chercha ses mots. Il pensait aux Vistani, aux loups-garous, à tous ceux qui tomberaient devant les murailles. Si une autre issue existait, fallait-il refuser de la voir? Morgrim rappela les attaques, les esprits manipulés, les rêves corrompus. Leur ennemi avait essayé de les tuer plus d’une fois. Il ne suffisait pas de se présenter devant lui pour lui offrir aimablement de mettre fin à sa malédiction.

« Ils ont choisi la guerre. »

« Est-ce qu’il faut leur imposer la mort pour autant? »

Lorian trouvait lui aussi cet espoir fragile. Clovis ne prétendait pas savoir. Il revenait à cette lassitude possible, à ce qu’une existence maudite faisait d’un homme. Son propre sang lui interdisait de considérer la question de très loin. Il partageait avec Strahd quelque chose dont il aurait voulu pouvoir se défaire, et cette proximité n’était pas une fidélité.

Pour Morgrim, elle suffisait déjà à faire naître le doute.

« Ça ne fait pas de vous des frères. »

Puis il prononça le nom de Makar. L’avertissement du Githzerai n’avait jamais trouvé sa réponse : un traître parmi eux. Les dents pointues du barde ne lui inspiraient pas davantage confiance maintenant que celui-ci cherchait des raisons à leur ennemi.

Clovis soutint son regard.

« Je ne pense pas être un traître pour toi, Morgrim. »

Le nain n’aimait pas ses paroles. Le barde répliqua que les nains n’accordaient guère leur confiance à grand monde. En avait-il seulement connu beaucoup, lui demanda Morgrim, assez pour parler ainsi? Quelque chose changea alors dans la réponse qui se préparait sur le visage de Clovis. Il avait connu des nains. Et il portait encore ce que l’un d’eux lui avait confié.

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II

CE QUE LA PIERRE RECONNAIT


Ce que la pierre reconnaît

 

 

Clovis sortit l’amulette. Le marteau gravé dans le métal apparut entre ses doigts, petit objet qu’il avait gardé sur lui au milieu de tant d’armes, de reliques et de choses prises aux morts. Il n’en avait jamais fait un trophée. Jusqu’à cet instant, Morgrim ne l’avait même pas vue.

Elle venait d’un nain nommé Beord, le père de Briorn.

Le nom du fils arrêta le nain. La querelle qu’ils avaient presque entre les mains perdit sa forme; Morgrim regardait maintenant l’amulette avec une attention qui n’avait plus rien d’hostile. Briorn était son ami. Ils s’étaient connus quelques mois avant sa rencontre avec Clovis, avaient partagé des aventures, et davantage que des aventures. Dans la voix du nain, la provocation fit place à une gravité nue.

« Briorn m’est apparu quand je suis mort. Il est en danger. Je ne sais pas où il est, ni comment le trouver. Mais il a besoin de mon aide. Et je le retrouverai. »

Le métal vibra dans la main de Clovis.

Il baissa les yeux. Rien de semblable ne lui était jamais arrivé avec cette amulette. Aucune image ne suivit, aucune voix; seulement ce frémissement soudain, trop net pour être confondu avec un mouvement de ses doigts. Il l’annonça à Morgrim, qui lui demanda l’objet. Clovis le lui tendit après lui avoir recommandé d’en prendre soin. C’était un souvenir précieux.

Le nain le retourna dans sa paume, examina le symbole, puis y fit passer un peu de son électricité. L’amulette sembla répondre. Il attendit une indication, quelque chose qui donnât un visage ou une direction à cette inquiétude. Rien ne se précisa. Le danger restait là, latent, mais il en ressentait au moins la proximité : il venait de Barovie.

Morgrim rendit l’amulette.

« Ce symbole est celui du dieu nain des voyageurs. Et de la foudre. »

Clovis connaissait mal ce panthéon. Morgrim expliqua que Briorn lui en avait transmis les enseignements et que, depuis quelque temps, il avait choisi de les suivre. Les petits autels de pierres qu’il laissait sur leur passage n’étaient pas de simples marques destinées à retrouver une route. Ils accompagnaient le voyageur. Briorn lui avait rappelé qu’au-delà d’un dieu respecté par la peur, les dieux de son peuple seraient toujours là pour lui.

Il s’étonna que Clovis eût gardé ce lien si longtemps sans en parler. Le barde répondit qu’il avait vécu beaucoup de choses avant de les rencontrer. Un jour, s’il était patient, il lui raconterait cette histoire.

« Nous avons la nuit », fit Morgrim.

Les autres souhaitaient l’entendre aussi. Silat l’invita à parler. La table basse se couvrit de petits mets, comme si le manoir avait compris qu’une histoire se recevait mieux le ventre plein. Morgrim remplit sa chope d’hydromel et leva les yeux vers ses compagnons.

« À la santé des survivants. »

Clovis prit le temps de retrouver le commencement.

Il venait alors de quitter l’académie des bardes. Il n’était ni un héros ni un aventurier aguerri; il avait dans les mains le souvenir des parchemins et dans la tête des airs appris, des mots pesés, des théories qui demandaient à rencontrer autre chose que les salles d’étude. La route l’attirait. Camelia n’était pas encore entrée dans sa vie.

Il voyageait avec les caravanes marchandes. Personne ne l’employait pour la force de ses bras. On lui confiait les mots : traduire, négocier, reprendre une phrase trop dure avant qu’elle ne devînt un affront. Il savait attendre lorsqu’une question valait mieux qu’une exigence. Le soir, il jouait près du feu, des airs simples qui laissaient les hommes respirer à leur rythme. Les gardes s’apaisaient, les marchands parlaient plus librement. Sa musique accompagnait ces voyageurs sans leur demander de l’écouter.

Une délégation humaine l’avait emmené jusqu’à une forteresse naine dans les contreforts montagneux. Il s’agissait d’obtenir des droits de passage et d’extraction en surface. Sur le papier, une mission de négociation comme une autre. Pourtant, à peine arrivé, Clovis avait senti que quelque chose pesait sous leurs discussions.

Les galeries profondes étaient fermées depuis des semaines. On parlait d’accidents. Il entendait trop peu de marteaux, voyait des équipes nerveuses et des mineurs armés jusque dans les zones de travail. Le silence le frappait davantage encore : une montagne exploitée par des nains n’aurait pas dû être si silencieuse.

Les négociations se passaient durement. Les nains parlaient peu, réclamaient beaucoup et semblaient éprouver la patience de leurs interlocuteurs. Clovis traduisait sans trahir, mais ajustait le ton, retirait à une réponse ce qui aurait inutilement blessé. Peu à peu, ils avaient accepté de l’écouter.

Le troisième jour, la montagne avait tremblé.

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Un éboulement venait de sceller une galerie secondaire. Trois mineurs se trouvaient derrière les pierres, dont Beord. Ils étaient encore assez proches pour qu’on envisageât de les atteindre; pourtant, personne ne descendait. Les paroles s’étaient raréfiées autour de Clovis. Un nain avait fini par venir lui expliquer ce que les négociations avaient tenu à distance : dans les profondeurs vivait une créature.

Un prédateur cavernicole, peut-être déplacé par leurs excavations. Aveugle. Sensible aux sons et aux vibrations.

Les humains avaient reculé devant une affaire qui n’était pas la leur. Les nains débattaient, et le temps de ces débats laissait les trois prisonniers sous terre. Clovis avait compris qu’il possédait peut-être autre chose à leur offrir que des traductions.

« Si l’on descend sans bruit, je peux aider. Faites-moi confiance. »

Ils avaient échangé quelques mots avant d’accepter. Puis les torches avaient été allumées, les cordes nouées, et le jeune barde était descendu avec eux.

Dans la galerie, l’air pesait sur la gorge. La poussière buvait une part de la lumière; les pas semblaient résonner trop fort. Ils avaient entendu la créature avant de la voir, un grondement profond, proche, qui avait suffi à immobiliser Clovis. Il avait fait signe aux autres de s’arrêter.

Frapper aurait pu provoquer un nouvel éboulement. Fuir aurait donné à la bête tout le bruit nécessaire pour les suivre. Il avait sorti son luth.

La musique avait commencé bas, grave, régulière, inspirée du travail des marteaux nains. Clovis en retrouvait encore le rythme en parlant. En même temps, il avait fait naître plus loin dans la galerie des pas, des coups, des vibrations sans corps pour les produire. Le prédateur avait réagi à ce leurre. Son grondement s’était déplacé, puis éloigné.

Les nains avaient pu rejoindre les prisonniers.

Clovis jouait toujours. Il fallait dégager lentement, soulever, tirer, laisser à chaque mouvement le temps de se faire sans réveiller la montagne. Il n’avait pas cessé une seconde. Tant qu’un homme restait derrière les pierres, sa musique lui paraissait liée à son souffle. Le dernier mineur avait enfin franchi l’angle de la galerie, et alors seulement il avait laissé mourir les cordes.

Ils étaient remontés vivants.

À la surface, Beord s’était approché de lui. Le nain l’avait regardé longtemps avant de parler.

« Vous n’avez pas cherché à être brave. Vous avez cherché à être utile. La pierre reconnaît ça. »

Plus tard, dans la forge basse, il lui avait remis l’amulette. Un symbole ancien, lié à la vigilance et à la mémoire des galeries. Ce n’était pas magique, lui avait-il dit. Mais chez eux, cela voulait dire quelque chose.

Clovis referma les doigts sur le marteau. Il l’avait porté depuis ce jour pour se souvenir qu’il avait gagné le respect des nains sans lever une lame.

Morgrim montra alors sa propre amulette. Briorn la lui avait donnée, à lui, avec la certitude qu’il ne devait jamais oublier les dieux de son peuple. Le père avait reconnu le jeune barde; le fils avait ouvert un autre chemin au nain. Leurs routes s’étaient touchées bien avant qu’ils ne le sussent.

« Jamais je n’aurais pensé que tu aurais pu gagner le respect des nains », reconnut Morgrim. Puis, plus simplement : « C’est une bien belle histoire. »

Clovis le remercia. Sur la table, il restait de quoi manger; dans le manoir, des chambres attendaient encore. Cette fois, lorsque Morgrim parla d’une bonne nuit de sommeil, aucun reproche ne se glissa dans sa voix.

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III

ENTRE LA MORT ET LES MIENS


Entre la mort et les miens

 

 

Daemon se leva, et les rayonnages s’écartèrent devant lui. Une porte s’ouvrit sur une chambre sobre et soignée. Il se retourna vers ses compagnons avant de la refermer. Godfrey resta auprès des livres; il en choisit un, le feuilleta. Le sommeil n’avait plus rien à lui offrir.

Morgrim fit apparaître son lit à côté du buffet. Clovis demanda d’abord un cercueil dans un coin sombre. Lorian, lui, pensa à de la verdure. Une alcôve se creusa dans le salon et, sous l’arche, une petite forêt prit place. Elle n’avait pas l’air d’une végétation poussée entre des pierres : c’était un morceau de monde, entier, contenu dans l’ouverture. Il s’y engagea.

Silat emmena Sahel vers une chambre simple. Lorsqu’il ferma la porte, le silence fut absolu; les voix du salon avaient cessé d’exister. Il songea à son œil perdu, à la proposition de Mordenkainen qu’il avait refusée. Les Gardiens avaient peut-être autre chose pour lui. Mais s’entretenir avec Inyoka demandait une force qu’il ne voulait pas rassembler cette nuit. Il défit ce qui l’unissait à son bâton magique; le lien s’éteignit. Puis il se prépara à dormir auprès de l’enfant. Le Serpent Noir attendrait.

Au cœur de sa petite forêt, Lorian trouva un lit de feuilles.

Il s’assit. Sous la fatigue, une énergie demeurait en lui, une possibilité qui n’avait pas encore trouvé ses mots. Parmi les parchemins d’Aléar, pendant le chaos des jours précédents, il en avait tiré un particulier. Un souhait restait à formuler.

Il pensa aux morts qui les avaient frappés, à ceux qu’ils avaient failli ne pas revoir. Il les avait vus tomber; il avait lui-même senti la mort toute proche. Dans le calme des feuilles, toutes ces images se rapprochaient sans bruit. Il ne demanda ni une armée ni la certitude de vaincre. Il chercha la place qu’il voudrait occuper lorsque le malheur frapperait encore.

« Je ne serai pas celui qui survit. Je serai celui qui se tient entre la lame et le cœur. Entre la mort et les miens. »

La forêt vibra autour de lui. Son corps se souleva légèrement, ses yeux s’emplirent d’une lumière pure. Des feuilles tournèrent autour de lui, l’enveloppèrent d’un mouvement qui ne venait d’aucun vent. Puis ses pieds retrouvèrent le sol.

Quelque chose avait répondu.

Il le sentait en lui : si l’un des siens devait être frappé au point de tomber, il pourrait prendre sa place à l’instant du choc. Le coup viendrait sur lui. Il n’en serait pas protégé; la mort pourrait le prendre, lui, pour épargner celui qu’il aurait choisi. Lorian reçut cette certitude dans le silence. Le souhait n’effaçait pas sa peur. Il lui donnait un geste à accomplir malgré elle.

Dans le salon, Clovis avait rejoint Irina.

Elle aussi cherchait un endroit où déposer toutes les révélations de la soirée. Un véritable manoir, pour la deuxième fois : on pouvait y prendre goût. Elle comptait gagner une chambre et réfléchir. Mais elle avait entendu le barde parler de Strahd; elle commençait à le connaître et devinait qu’il gardait une idée derrière la tête.

« Si tu juges que c’est une bonne solution, je me rangerai de ton côté. »

Il voulut savoir pourquoi Strahd avait tué son frère. Irina ne chercha pas une raison cachée. Sa famille l’avait protégée lorsque le vampire la convoitait. Son frère avait contrarié un désir. Cela avait suffi. Elle parlait d’une colère d’enfant devant un jouet qu’on lui refusait, et la simplicité du récit en rendait la violence plus difficile à écarter.

Clovis lui demanda si elle pourrait soutenir une rédemption. Il cherchait ce qu’elle désirait, mais un autre prénom lui échappa.

« Camelia… »

Irina le rappela à elle. C’était la deuxième fois. Il s’excusa, et lorsqu’elle reprit, sa réponse ne portait ni sur un pardon ni sur une punition : elle voulait ce que son père avait voulu. Que la Barovie fût délivrée de Strahd. Qu’elle retrouvât un semblant de quiétude. Née ici, elle avait appris à faire son deuil rapidement. Cela ne rendait pas les morts moins réels.

Le barde l’interrogea sur les souvenirs d’une autre vie.

Après l’abbaye de Krezk, elle avait vu des femmes qui lui ressemblaient. Elles lui avaient montré les reliques, l’épée que portait Morgrim, l’emblème du corbeau, le livre de Strahd. Une route à suivre. Mais d’autres images lui revenaient, plus vagues, avec une familiarité qu’elle ne savait expliquer.

Un palais magnifique. Un piano. Un ami jouant auprès d’elle.

Elle savait qu’il était là sans parvenir à voir son visage. Ce rêve revenait souvent. Un autre la conduisait sur un balcon. Quelque chose se tenait devant elle, quelque

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chose qu’elle nommait un démon. La peur la prenait; elle reculait d’un pas. Puis elle tombait.

Clovis l’écouta sans donner de nom à ce qu’elle ne reconnaissait pas. Il lui demanda enfin pourquoi elle lui faisait confiance, jusqu’à le laisser peser sur ce qu’ils décideraient tous ensuite.

Irina parla d’abord de son instinct. Elle avait le sentiment de le connaître depuis beaucoup plus longtemps que leur rencontre, comme si leurs routes s’étaient toujours cherchées. Peut-être se trompait-elle. Pourtant ses actes lui avaient montré un homme blessé, désireux d’améliorer ce monde, même lorsque les moyens lui manquaient.

Il avait peur. Elle le voyait. Cela comptait dans la confiance qu’elle lui accordait.

« Je ne marcherais pas à côté de quelqu’un qui n’a pas peur. Quelqu’un qui n’a pas peur, c’est un simple fou. Votre courage vient du fait que vous affrontez cette peur-là. »

Clovis la remercia. Puis il lui demanda si elle accepterait de partager une chambre cette nuit.

« Avec grand plaisir, Clovis. »

Il précisa : partager leur sommeil, avant tout. Irina l’invita à ouvrir la porte. Elle apparut au bout du couloir, ornée de dorures discrètes; derrière, une chambre sobre, un lit, la promesse du silence. Ils y entrèrent.

La porte se referma. Clovis s’allongea auprès d’elle et lui caressa doucement les cheveux en attendant qu’elle s’endormît. Les paroles du mage continuaient de lui revenir, et avec elles la condition de Strahd, ce qu’il en avait appris, ce qu’il n’en comprenait pas. Il y pensa encore sans rompre la douceur du geste.

Pendant ce temps — Le dernier des Martikov

Le repos du manoir laisse hors de ses murs les traces du voyage. Revenons aux rives du lac, là où les Champions ont confié leur mort à la terre.

La pluie tombe sur le lac Zarovich comme une longue plainte, fine au début, puis insistante, puis lourde, comme si le ciel lui-même refusait de détourner les yeux de ce qui s’apprête à être commis.

La sépulture est simple : quelques pierres empilées, un monticule de terre encore fraîche, une plume noire plantée en guise de marqueur. Les aventuriers sont partis depuis peu et la nuit a pris leur place. Leur barque n’est déjà plus qu’une ombre sur les eaux sombres du lac, glissant vers le mont Baratok.

Le silence revient. Puis un vent. Pas un vent naturel : un souffle froid, ancien, chargé d’une présence que même la pluie semble craindre. La brume se rassemble au bord de la tombe. Elle se condense, se replie sur elle-même et prend forme.

Strahd von Zarovich, debout, immobile, la pluie glissant sur son manteau comme si elle n’osait pas le toucher. Ses yeux se posent sur le lac. Son ancien prisonnier avait été délivré par les Champions de ce fameux Aléar. Cela lui laissa un goût amer dans la bouche, mêlé d’un étrange soulagement.

Puis ses yeux se posent sur la tombe, longtemps, sans un mot. Il ne sourit pas. Il s’approche lentement. Ses bottes s’enfoncent légèrement dans la terre humide. Il s’arrête devant la pierre improvisée et observe la plume noire, la touche du bout des doigts. Un souffle, presque humain.

« Le dernier des Martikov. »

Sa voix est basse, pas théâtrale, pas cruelle, presque sincère.

« Tu étais un homme tenace, Davian. Un homme agaçant et étonnamment digne. »

Le ton n’est pas moqueur. C’est pire que ça : c’est respectueux. Le tonnerre gronde au loin. Strahd ferme les yeux un instant, comme s’il se souvenait de quelque chose, d’un autre temps, d’une autre version de lui-même.

Puis ses paupières se relèvent. Et tout disparaît : la chaleur, la nuance, l’ombre de la nostalgie. Il tend la main.

« Mais la Barovie ne peut se permettre de perdre ce qui lui est utile. »

La voix redevient celle d’un seigneur, d’un prédateur, d’un dieu prisonnier de sa propre nuit. La terre tremble. Lentement, très lentement, la tombe se fissure, les pierres roulent. La boue s’ouvre comme une plaie. Un craquement sourd, puis une main pâle, raide, tremblante. Elle émerge de la terre.

Le corps de Davian Martikov se redresse lentement, comme tiré par des fils invisibles. Ses yeux s’ouvrent, vides d’abord, puis teintés d’un rouge sombre, brûlant, artificiel. Ses mains sont rigides, sa respiration est absente. Mais quelque chose en lui reconnaît Strahd.

Strahd s’approche très près. Il pose une main sur le front de Davian.

« Reviens. »

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Un souffle noir traverse le corps du vieil homme. Ses épaules se redressent, sa tête se relève complètement. Le corbeau est brisé, mais les ailes sont toujours là.

Au loin, dans les arbres morts, des dizaines, des centaines de corbeaux s’agitent. Ils tournent dans le ciel noir, attirés, appelés. Strahd esquisse un léger sourire.

« Tu protégeras encore cette terre. Mais cette fois, pour moi. »

Davian ne répond pas, mais derrière lui, les corbeaux s’alignent, silencieux, obéissants. Une armée. Strahd se détourne, sa silhouette se dissolvant déjà dans la brume.

La pluie continue de tomber, et sur les rives du lac Zarovich, un nouveau général vient de naître.

La place de Vallaki ne résonne plus. Elle bégaie. Le vent passe, puis disparaît, happé par quelque chose qui ne devrait pas exister. Au centre de la ville, un gouffre. Pas une ruine, pas un cratère : un vide.

La brume se plie et Strahd von Zarovich est là, immobile, au bord. Il observe longtemps, sans émotion. Il descend, pas en tombant : en glissant, comme aspiré par sa propre volonté. L’air est plus froid ici, plus ancien. La pierre est ouverte comme une chair mal refermée.

Et au fond, une masse immense, déformée : la carcasse de la fausse hydre. Ses cous brisés s’enchevêtrent comme des racines mortes. Les mâchoires sont ouvertes dans un cri figé. Mais ce n’est pas ce qui arrête Strahd, c’est l’absence. Il s’approche, observe les chairs déchirées, les cavités vides.

Quelque chose… Pas tué, pas fui : sorti.

Un silence, puis il se retourne.

« Inutile. »

Il disparaît du gouffre comme on efface une ombre.

Quelques instants plus tard, la chapelle ne prie plus. Elle s’effondre lentement sur elle-même. Les bancs renversés, les murs fissurés, le bois encore marqué par la violence. Strahd entre. La porte ne résiste pas, elle cède.

Il marche entre les corps sans les regarder. Ils ne l’intéressent pas. Il s’arrête à un point précis, là où quelque chose aurait dû être. Le prêtre. Ou plutôt ce qu’il était devenu.

Un instant, Strahd s’agenouille, passe ses doigts sur le sol, puis les relève. Il observe. Une trace, une seule suffit. Son regard s’assombrit légèrement.

« L’Inquisition. »

Pas de colère, pas de surprise, seulement une certitude. Il se redresse, regarde autour de lui. Rien. Rien à relever, rien à rappeler, rien à reprendre. Même la corruption a déjà été emportée.

« Vous êtes passés avant moi. »

Un souffle presque amusé. Puis il tourne la tête vers l’extérieur, vers les montagnes, vers la Gueule du Loup. Un instant, il hésite, puis…

« Non. »

Sa décision est immédiate. Là-bas, il n’y a plus rien. La brume revient. Elle s’enroule autour de lui comme une cape vivante. Et quand elle se dissipe, il n’est plus là. Seulement une direction : le sud.

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IV

LE COURANT ET LE SURSIS


Le courant et le sursis

 

 

« Vous aviez l’opportunité d’avoir une chambre, et vous avez voulu dormir en plein milieu du salon. »

La voix de Mordenkainen tira Morgrim du sommeil. Le mage se tenait à côté de lui, assez près pour que son incompréhension ne laissât aucune place au rêve. Le nain ouvrit les yeux et retrouva le buffet à portée de main.

« J’ai juste voulu dormir à côté de la nourriture. »

Mordenkainen considéra aussi le cercueil abandonné dans l’ombre. Les aventuriers restaient une énigme irritante, même dans une maison qui leur accordait presque tout ce qu’ils désiraient. Ils auraient pu emporter le buffet dans une chambre. Il commença à le leur expliquer, puis renonça au milieu de sa phrase.

Daemon sortit. Irina avait déjà déposé un baiser doux sur le front de Clovis avant de quitter leur chambre. Lorian revint de son alcôve, Silat de la sienne avec Sahel. Godfrey était toujours là. La nuit avait tenu sa promesse : du repos, des rêves anodins, aucune intrusion du vampire. Depuis l’intervention de l’enfant dans le songe, quelque chose s’était rompu. Strahd ne s’était plus glissé derrière leurs paupières.

Le mage prenait des notes. Il interrogeait Godfrey, se tournait vers Daemon, ouvrait un livre, revenait à une idée. Son chien l’accompagnait. Lorsqu’il aborda la marque qu’il avait retirée aux Champions, il précisa ce qu’elle permettait : Strahd pouvait les repérer à travers son domaine. Ce lien avait disparu. Ils devaient encore choisir leurs chemins avec soin, mais leur ennemi ne saurait plus automatiquement où les trouver.

« Avez-vous un itinéraire précis? Besoin d’aide? »

Il tendit la main. Une grande carte apparut, et un tracé se déploya sur elle. Les étapes de leur voyage s’y réunirent, depuis leur entrée à l’est jusqu’aux montagnes du nord. Voir toute cette route d’un seul regard produisit chez Morgrim une sorte d’agacement neuf. Ils avaient usé leurs forces pour gagner ce point, et le Temple d’Ambre se trouvait maintenant à l’autre extrémité de leurs besoins.

Il montra le sud, la passe qu’il leur faudrait franchir pour atteindre les hauteurs du mont Gakis. Le mage pourrait-il au moins les rapprocher? Mordenkainen accepta l’idée d’employer un peu de la magie de son manoir pour leur épargner la traversée du lac. Au-delà, il faudrait parcourir la route eux-mêmes.

Morgrim revint au portail. Combien de temps faudrait-il pour l’ouvrir?

L’archimage ne lui donna pas de durée. Il avait un autre problème à régler en même temps.

« Le temps est un mensonge. La Barovie n’y fait pas exception. »

Il allait essayer de réguler le temps passé, d’employer à cela une part de son travail. Les dix-huit années qui pesaient sur leurs épaules n’étaient peut-être pas entièrement hors de portée. Clovis écoutait avec une attention renouvelée. Le mage n’annonçait aucun retour accompli, aucune vie rendue à ceux qui avaient attendu ailleurs. Mais il envisageait de toucher à la montre.

Pour le passage, en revanche, les conditions ne changeaient pas. Les Champions devaient détourner l’attention de Strahd. Tant que le seigneur garderait toute sa puissance, Mordenkainen ne pourrait ouvrir de portail à travers les brumes.

« Pourquoi ne pas nous aider à l’affaiblir? » demanda Morgrim.

« L’effet de surprise. »

Si Strahd le voyait au milieu de la bataille, il concentrerait ses forces sur lui. Il fallait lui laisser croire que le mage était mort. Ce secret était une carte qu’ils possédaient encore, contre un ennemi qui connaissait son royaume et les précédait de plusieurs coups. Morgrim voulait un allié à ses côtés; Mordenkainen leur proposait un allié caché, capable d’agir ailleurs tandis que toute l’attention du vampire serait tournée vers eux.

Ils parlèrent du Temple. Le mage en avait entendu parler, savait que Strahd y avait puisé du pouvoir, que des puissances obscures y demeuraient enfermées. Il le décrivit comme une sorte de prison. Mais il n’avait pas enquêté sur place et ne pouvait leur offrir une connaissance qu’il ne possédait pas.

La passe ne lui était guère plus familière.

« Je n’ai pas fait de tourisme, Morgrim. »

La rivière, en revanche, leur offrait un itinéraire. La Luna reliait ces régions méridionales aux eaux du lac. Peut-être voyageraient-ils plus vite par elle que sur les chemins. Aussitôt, la question d’un bateau vint prendre toute la place.

Mordenkainen demanda s’il avait une tête à posséder un bateau. Morgrim lui répondit qu’il n’avait déjà pas une tête à posséder des cheveux. Daemon intervint avant que la conversation ne s’embourbât davantage : son père vendait bien une embarcation pliable. Le prix rappela au nain que ni la guerre

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ni les malheurs de Barovie n’adoucissaient le commerce de cette famille. Ils n’achèteraient pas ce bateau-là.

Les barques du lac, alors?

Ils cherchèrent un moment dans leurs souvenirs ce qu’il en restait. Le Kraken les avait dispersées ou détruites. Lorian avait quitté la sienne; tous s’étaient retrouvés dans l’eau. C’était le Léviathan qui les avait déposés sur la rive. Rien ne les attendait sagement au bord du lac.

Clovis tenta de revenir à Rahadin, au danger qu’il représentait, à ses intentions. Mordenkainen le coupa. Il était venu fermer une faille vers le royaume des songes, empêcher Strahd de s’en servir et d’y devenir roi. Il n’avait pas consacré son séjour à étudier les relations du chambellan. Qu’ils découvrissent quelque chose à ce sujet, et ils pourraient lui en parler à leur retour.

« Bateau ou pas bateau? » insista Morgrim.

Ils pourraient construire un radeau. Les arbres ne manquaient pas; il leur fallait surtout des cordes. Lorian alla jusqu’à proposer de démonter le pont. Morgrim préféra solliciter une dernière fois leur hôte. Il fallait bien qu’il y mît un peu du sien.

Mordenkainen traça cinq traits dans l’espace et frappa dans ses mains. Les traits tombèrent. Cinq cordes reposaient au sol.

« Sortez de ma maison. »

Ils se préparèrent à obéir. Mais le mage les retint encore, fit apparaître un sifflet dans sa main et le tendit. Clovis le prit.

Il pourrait s’en servir pour appeler le chien. L’animal saurait retrouver son maître et lui porter leurs messages. Clovis envisagea immédiatement les qualités d’un tel gardien, ce qui referma le visage de Mordenkainen.

« Je vous ai donné mon chien pour que vous l’utilisiez comme messager. Ne commencez pas à me faire perdre confiance. »

Le barde acquiesça. Le mage ne lui donna même pas le nom de l’animal. Une porte surgit du sol; cette fois, elle menait dehors. Avant de les laisser partir, l’archimage demanda qu’on le tînt informé de leurs actes, de leurs découvertes. Il travaillerait, lui, sur le temps.

« Vous pourriez vraiment le faire? » demanda Clovis.

« Je peux tout faire. Je suis Mordenkainen. »

L’assurance aurait pu achever l’entrevue sur une note grandiose. Elle céda presque aussitôt devant une remarque du nain, et l’archimage reconnut que tout homme avait sa faiblesse, même lui : le transit. Il commença à faire apparaître un système digestif, prêt à leur infliger une explication dont Morgrim ne voulait à aucun prix. Le nain le remercia encore pour son bras et gagna la porte. Daemon le suivit.

« Silat. Un mot, je vous prie. »

Le moine resta.

L’humour avait quitté la voix du mage. Il sentait quelque chose qui en avait après lui. Avait-il trompé la mort récemment?

Silat répondit qu’il s’était effondré en plein combat, deux jours auparavant. Clovis l’avait ramené. Il se souvenait de l’eau, de cette vision dans laquelle le barde le tirait hors des flots tandis qu’un autre compagnon le poussait. Mordenkainen voulut savoir s’il avait pactisé avec une entité. Ce retour l’inquiétait.

« J’ai l’impression que Clovis a forcé les choses. »

Il recommanda à Silat de regarder derrière lui. Une entité pouvait le rechercher parce qu’il n’était pas censé être là. Il avait déjà beaucoup d’assaillants sur ses traces, mais celui-ci devait être pris au sérieux. Aucun nom ne fut prononcé. Silat ne reçut ni visage à reconnaître ni arme particulière à craindre, seulement cette mise en garde déposée au moment de quitter l’abri.

« Veillez sur vos compagnons. Ils ont besoin de vous. »

La porte recula, puis se referma derrière le moine.

Ils se retrouvèrent sur un pont de pierre. Au nord, le lac s’étendait entre les arbres; au sud, la rivière poursuivait sa route hors de leur vue. La forêt en cachait les détours. Sur la carte, le manoir d’Argynvostholt, les marais et la passe s’ordonnaient clairement; devant eux, il n’y avait que des rives, de l’eau et du bois à couper.

La matinée était déjà avancée. Morgrim compta sur les cordes et appela tout le monde au travail. Daemon s’affaira avec les autres. Lorian pouvait reconnaître les arbres, choisir ceux qui conviendraient à l’embarcation; chacun apporta ce qu’il savait faire. Il fallait assez de place pour ce groupe nombreux, des pièces de bois qui se tinssent ensemble, de quoi manœuvrer une fois livrés à l’eau.

Le travail prit trois heures.

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Des troncs furent rapprochés, les cordes serrées autour des assemblages. Les mains revenaient sur les liens, éprouvaient ce qui risquait de céder. Morgrim pouvait enfin employer de nouveau ses deux bras. Lorian composa une voile de feuilles, légère étendue végétale au-dessus du bois brut. À mesure que l’ouvrage prenait forme, il cessait d’être une idée discutée dans un salon. C’était un poids à déplacer ensemble, une assise à vérifier, quelque chose qui devait porter leurs corps.

Le radeau resta rudimentaire. Il était pourtant solide et assez vaste pour les accueillir tous. Ils le posèrent sur la Luna, puis montèrent à bord avec leurs affaires. Le bois s’enfonça sous leur poids, trouva son équilibre. La voile de feuilles se dressait au-dessus d’eux.

Ils prirent la route des eaux. Derrière eux, le pont commença à s’éloigner; devant, les arbres ne cédaient encore aucun passage au regard. Ils allaient vers le sud.

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Épilogue

Et tu serviras

Pendant que vous prenez les eaux, la brume s’écarte comme un rideau que personne n’a tiré, silencieuse, vivante.

Et au cœur de ce marais encore fumant de magie, il apparaît. Strahd von Zarovich. Il ne marche pas, il est déjà là.

Sa silhouette se découpe dans la brume comme une tache d’encre dans l’eau. Son regard glisse lentement sur le champ de bataille. Les traces ne sont plus très fraîches et pourtant la terre est crevée, et les racines ont été arrachées. L’air lui-même semble déchiré.

Il s’arrête. Un silence, puis doucement il ferme les yeux. Il respire. Pas l’air, pas la vie : la magie. Ses doigts s’élèvent légèrement, comme s’il effleurait une toile invisible. Un frisson traverse le marais.

« Non. »

Sa voix est basse, presque déçue.

« Pas ici. »

Il ouvre les yeux et cette fois il sait.

« Le Songe. »

Son regard se durcit. Il tourne lentement la tête vers la hutte. Elle se dresse encore, grotesque, immobile, comme si elle retenait son souffle. Strahd avance. Chaque pas semble décidé depuis des siècles.

La porte grince. Il n’a pas besoin de l’ouvrir. Elle s’ouvre d’elle-même. L’intérieur est ravagé. Strahd s’arrête. Ses yeux glissent sur l’endroit exact où reposait le livre, son livre. Un battement, puis un autre.

« Rahadin. »

Ce n’est pas une question, c’est une conclusion.

« Tu disais vrai, Lorian. »

Mais quelque chose ne colle pas. Il s’avance, s’accroupit, passe ses doigts sur le sol, les relève, les observe. Un instant, puis son expression change très légèrement.

« Non… »

Un souffle plus froid que la brume elle-même.

« Tu n’aurais pas osé. »

Il se redresse. Ses yeux brillent d’une lueur sombre.

« Même toi, Baba. »

Il sort. Elle est là, affaissée dans la boue, ridicule, petite. Rien de la terreur qu’elle prétendait être. Strahd s’approche lentement. Il la regarde longtemps, très longtemps. Il n’y a ni tristesse ni joie, seulement une forme de reconnaissance froide.

« Tu n’étais pas ma mère. »

Un silence.

« Mais tu as cru l’être. »

Son regard descend sur ses mains crispées, même dans la mort.

« Et tu m’as été utile. »

Il s’agenouille. Ses doigts pâles se posent sur son front, un geste presque tendre. Presque. Puis il murmure en une langue que la terre elle-même ne comprend pas.

Le marais réagit. Les racines frémissent, la boue se met à respirer, l’ombre autour d’eux se condense et quelque chose revient. Le corps de Baba Lysaga tressaute. Ses doigts bougent, ses lèvres s’ouvrent dans un souffle brisé. Ses yeux s’ouvrent, vides, puis pleins. Elle inspire comme si elle se noyait à l’envers.

Strahd ne bouge pas. Il la regarde renaître comme on regarde une arme qu’on vient d’aiguiser.

« Reviens. »

Elle tremble, se redresse, encore instable, mais vivante. Non, pas vivante : à lui.

« Une guerre approche. »

Sa voix est calme, inévitable.

« Et tu serviras. »

Un instant, leurs regards se croisent. Avant, dans ses yeux à elle, il y avait dévotion, folie, amour tordu. Maintenant, plus rien.

Lui regarde vers le sud-est. La brume s’épaissit encore et encore, et quand elle se dissipe, il n’y a plus rien. Seulement le marais et l’écho d’un rituel qui n’aurait jamais dû avoir lieu.

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Postface

Un petit marteau gravé dans une amulette a suffi à faire baisser la voix de Morgrim. Derrière l’objet, il y a une galerie effondrée, trois mineurs derrière les pierres, une créature dans le noir, et un garçon qui jouait pour que les autres aient le temps de creuser. Clovis n’a rien vaincu ce jour-là. Il a tenu les cordes jusqu’au dernier pas du dernier homme. Nul ne lui a présenté de facture ensuite. Le marteau est venu de lui-même, et Clovis l’a porté depuis sans en faire un trophée. Voilà comment je voudrais que les dettes se règlent : sans que personne les réclame.

Strahd, lui, réclame. Sur la tombe de Davian, au bord du lac, il a touché la plume noire du bout des doigts. Il a parlé au mort comme on parle à un homme de valeur, et c’est cela que je ne parviens pas à lui pardonner. Il savait exactement qui il relevait. Il l’a relevé quand même, et il en a fait un général. Davian n’est pas seul à ce compte : dans le marais, une sorcière a repris son souffle pour rejoindre les rangs du vampire, sans avoir été consultée. Le respect n’adoucit rien. Il m’apprend seulement que le geste était mesuré.

Silat aussi est revenu, deux jours plus tôt, et il ne garde de ce passage qu’une vision d’eau et les bras du barde qui le tiraient. Mordenkainen l’a averti au moment du départ : quelque chose le cherche, parce qu’il n’aurait pas dû être là. Aucun nom, aucune arme à craindre en particulier. Je n’aime pas les dettes dont on ignore le créancier. Celle-ci tient un fil derrière lui, et il ne l’a pas encore senti se tendre.

Contre tout cela, Lorian a fait un choix dans une alcôve de feuilles. Il pourra recevoir le coup destiné à un autre. Personne ne le lui demandait ; personne ne lui a rien promis en retour. J’espère qu’il n’aura jamais à s’en servir.

Ils ont construit un radeau avec cinq cordes et une voile de feuilles, et la Luna les emporte vers le portail que le mage espère ouvrir. Chacun y a mis ce qu’il savait faire. Chacun rame pour les autres ; aucun ne rame à leur place.

De toutes les dettes qui les attendent, c’est la seule que je leur souhaite : celle qu’on se doit entre compagnons, et que personne ne vient réclamer.

Signature de Lysander

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METAGAME

Qui dit quoi ?

Ce que la mort réclame compte 2 330 interventions et 21 158 mots transcrits. Les nombres ci-dessous sont comptés, sans estimation. La proportion porte sur les mots, non sur les interventions ni sur un temps vocal.

Participant Rôle Interventions Mots Proportion des mots
MJ Narrateur, PNJ et arbitre 822 8 701 41,1 %
Morgrim Joueur 619 5 335 25,2 %
Clovis Joueur 486 4 508 21,3 %
Silat Joueur 269 1 446 6,8 %
Lorian Joueur 134 1 168 5,5 %
Total 2 330 21 158 99,9 %

Les proportions sont reprises avec l’arrondi de la mesure source, d’où le total de 99,9 %. Les répétitions probablement produites par la transcription, particulièrement sous Silat, restent dans ces comptes bruts : leur présence ne prouve ni interruption volontaire ni acquiescement.

MJ — 41,1 %

Le MJ partage son intervention entre trois fonctions : rappeler les engagements du groupe, incarner les interlocuteurs et montrer les conséquences hors champ. Mordenkainen sert autant de ressource que de limite aux demandes des joueurs. Les contrechamps de Strahd composent une menace indépendante de leur progression. Son moment fort consiste à transformer le repos des héros en temps disponible pour l’ennemi, tout en laissant vivre des scènes personnelles prolongées.

Morgrim — 25,2 %

Premier joueur en volume de mots, Morgrim maintient le débat sur les promesses et les actes hostiles de Strahd. Sa communication avance par objections, rappels concrets et saillies. La discussion de l’amulette lui donne aussi une fonction de liaison : le passé raconté par Clovis touche son propre entourage. Ses commentaires sur la romance expriment une participation émotionnelle réelle à la scène, mais leur fréquence concurrence parfois son espace de développement.

Clovis — 21,3 %

Clovis déplace régulièrement la question tactique vers les vies qu’elle engage. Son récit des mineurs soutient cette posture par une expérience personnelle plutôt que par une simple déclaration morale. Il cherche ensuite avec Irina une proximité plus vulnérable, traversée de lapsus et de plaisanteries. Sa contribution principale est cette alternance entre parole publique et confidence : elle enrichit le conseil, mais rend délicat le passage d’un registre à l’autre.

Silat — 6,8 %

Les interventions substantielles de Silat recentrent le groupe sur l’orbe, le portail et l’urgence du départ. Il distingue ensuite cette disponibilité stratégique de sa disponibilité intime : il ne se sent pas prêt à renouer le dialogue avec Inyoka. L’avertissement du mage lui rend une place dramatique nette.

Lorian — 5,5 %

Le faible volume de mots accompagne ici des décisions importantes. Lorian propose un repli possible, puis engage personnellement son personnage dans un souhait sacrificiel. Il explique avoir écarté des souhaits de joueur pour chercher celui de Lorian : distinction explicite entre optimisation et cohérence du rôle. Sa contribution au départ, jusqu’à la voile végétale, prolonge cette position de soutien. La discrétion quantitative ne mesure donc pas son influence narrative.

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Dynamique d’ensemble

La conversation se polarise autour de Morgrim et Clovis, sans réduire les autres à des spectateurs. Silat fixe une priorité ; Lorian définit une limite et un engagement. Le récit de l’amulette rapproche momentanément des positions auparavant opposées. Les plaisanteries entretiennent une familiarité visible, mais la romance montre aussi leur coût : une scène peut être appréciée et simultanément rendue difficile à poursuivre. Le débrief donne à Clovis l’occasion de réclamer son espace.

Physionomie de la session

Durée totale : 3 heures 09 minutes

Catégorie Durée calculée Proportion Activités
Interactions RP 1 h 14 min 05 s 39,01 % Conseil, amulette, souhait, Irina, échanges avec le mage
Exploration 2 min 39 s 1,40 % Sortie, environnement et progression matérielle
Combat 0 s 0,00 % Aucun combat joué
Hors-jeu 52 min 24 s 27,59 % Plaisanteries, longue pause hors-jeu, débrief
Méta/Technique 41 min 40 s 21,94 % Installation, règles, harmonisation, clarifications
Narration MJ 19 min 06 s 10,06 % Récapitulatif, prologue et contrechamps
TOTAL JEU 1 h 35 min 50 s 50,47 %
TOTAL HRP 1 h 34 min 04 s 49,53 %

Le récit d’un ancien sauvetage et les combats rappelés à l’ouverture ne deviennent pas des combats de cette session. De même, les trois heures de construction vécues par les personnages ne sont pas trois heures d’enregistrement.

Analyse et interprétation

Des obligations qui ne s’additionnent pas

Le conseil révèle moins un manque de plan qu’un excès de promesses incompatibles. Livrer Strahd, le tuer, comprendre son désir et quitter la Barovie ne constituent pas une même solution. Le MJ remet ces engagements en circulation ; les joueurs révèlent alors ce qu’ils jugent prioritaire. Le désaccord produit du personnage autant que de la stratégie.

La protection change de forme

Clovis veut réduire le nombre de morts, Morgrim rappelle le prix des agressions déjà subies, Lorian accepte de pouvoir prendre un coup destiné à autrui. Ces réponses ne sont pas interchangeables. Le souhait donne surtout une conséquence personnelle à un thème discuté collectivement. La scène d’Irina ajoute une protection plus quotidienne : autoriser le repos et la confiance.

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Le repos sous surveillance

Le partage presque égal entre jeu et hors-jeu n’efface pas les points de tension. Les longues scènes personnelles alternent avec une longue pause hors-jeu, puis avec la logistique du matin. Les résurrections de Davian et de Baba Lysaga créent une avance d’information pour la table, pas pour les héros. L’inquiétude vient de cette différence, sans confrontation mécanique immédiate.

Archétypes et rôles à la table

MJ — Le Tisseur des conséquences

La mémoire des serments. « vous leur avez serré la main » : il restitue aux engagements leur caractère concret.

La porte qui résiste. « Sortez de ma maison. » Le mage pose une limite comique à l’hospitalité devenue inventaire.

L’ombre derrière l’épaule. « Avez-vous trompé la mort récemment ? » Une question personnelle relie Silat à la menace du prologue.

Morgrim — Le Gardien qui proteste

Le contradicteur de granit. « Tu veux disparaître ? Ça peut s’arranger. » Il oppose à la compassion une réponse directe.

L’auditeur emporté. « tu me fais vivre un moment » : sa réaction à Clovis manifeste une émotion derrière la moquerie.

Le dormeur pratique. « J’ai juste voulu dormir à côté du buffet. » La logistique devient une manière immédiatement reconnaissable d’habiter le décor.

Clovis — Le Plaideur vulnérable

La voix des absents. « Ça permettrait peut-être de sauver beaucoup de vies, dans la bataille. » Il fait entrer les futurs morts dans le conseil.

Le gardien de la confidence. « Laissez mon RP, laissez ma romance. Putain. » Le débrief exprime son besoin de continuité.

Le penseur déplacé. « Je médite sur la condition de strade » : son intérêt pour l’ennemi traverse jusqu’au repos partagé.

Silat — La Boussole réservée

Le veilleur de l’urgence. « Maintenant, il n’y a que cette course contre la montre qui nous importe. » Il ramène le débat à sa contrainte.

Le seuil respecté. « mais pour autant je me sens pas prêt » : il diffère une confrontation intérieure plutôt que de la forcer.

Le témoin du retour. « Clovis a lancé un sort de résurrection » : devant le mage, il commence par le fait vécu.

Lorian — Le Rempart discret

L’issue préservée. « il faudra peut-être avoir un plan B pour fuir et prendre le portail » : la prudence conserve une option collective.

Le cœur interposé. « entre la mort et les miens. » Le souhait transforme la protection en risque assumé.

La main qui construit. « On démonte le pont. » Même une proposition abandonnée montre sa recherche de ressources concrètes.

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META-METAGAME


J’avais mis de côté des citations présentables. Puis j’ai réécouté la nuit entière, la pause comprise, et j’ai compris que la table avait produit bien mieux : une capote arcanique, un membre fantôme, un dé lancé pour savoir où une femme a léché le barde, et un joueur qui s’endort pendant qu’un mort sort de terre. Dix-sept pièces à conviction. Le quatrième mur n’est pas fissuré : on a dormi dessus, on a pissé contre, et quelqu’un a proposé de le démonter pour faire un radeau.

Le rituel d’ouverture

Morgrim : « ça me bat les couilles »

Morgrim : « tape tes couilles sur son crâne »

MJ : « je vois pas ta gueule ta gueule »

Lorian : « Ta gueule ! »

Vingt secondes de session. Personne n’a encore vu la dame aux corbeaux, mais la liturgie est accomplie : deux paires de couilles, trois « ta gueule », et un crâne. La Barovie peut commencer, la table est bénie.

Le démiurge va aux toilettes

MJ : « si vous avez quelque chose à lui demander avant qu’il parte, avant qu’il vous abandonne pour aller se coucher, c’est maintenant, sinon je vais partir déféquer avant d’aller dormir avec grand plaisir »

Morgrim : « Je ne peux que vous remercier pour mon nouveau bras. »

Le lendemain matin, au moment de mettre tout le monde dehors, le sujet revient de lui-même :

MJ : « Je ne suis pas là pour être content. Ni vous torcher le cul. En parlant de ça, »

Morgrim : « Vous avez des problèmes de transit, archimage ? »

MJ : « chacun ses problèmes. Tout archimage a sa faiblesse. Moi, c’est le transit. »

Le mage qui a refermé une faille planaire à mains nues pose son ultimatum avec son côlon, et le nain lui répond avec une gratitude de communiant. Le soir, le transit interrompt la scène ; le matin, il la rouvre. Entre les deux, dix-huit ans de Barovie, et pas un seul PNJ capable de déféquer hors champ.

S’affoler, mais dans quel mode

Silat : « Donc maintenant, hors RP, on devrait s’affoler. »

Silat : « Oui, en RP, on devrait s’affoler. »

Clovis : « Ah bah moi je me suis déjà affolé en RP. Je suis en train de me dire que mes parents sont potentiellement déjà morts. »

La panique a besoin d’un cadre réglementaire : Silat la commande d’abord hors jeu, puis se ravise et la réclame en jeu, comme on renvoie un plat. Clovis, lui, a pré-paniqué. Ses parents sont morts, et il l’annonce sur le ton d’un homme qui signale que la boulangerie est fermée le lundi.

Mandarin Cannelle

Silat : « parce que sinon quoi, tu restes auprès de Mandarin Cannelle, tu le sucres pendant qu’il… »

L’archimage le plus puissant du multivers est rebaptisé pâtisserie de Noël par un Gardien qui a la bouche pleine. Et « tu le sucres » : après le bras, le buffet et le lit près du jambon, voilà Morgrim soupçonné de fournir des prestations à l’hôte. On ne saura jamais la fin de la phrase. On la devine, et elle est collante.

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La diplomatie du nain

Lorian : « il faudra peut-être avoir un plan B pour fuir et prendre le portail »

Morgrim : « Ce discours ne m’étonne même pas d’un elfe. »

Morgrim : « Mourir sur un champ de bataille n’est pas assez noble pour toi, Lorian Ventefeuille. »

Quelques minutes plus tard, Clovis avance que Strahd veut peut-être seulement disparaître :

Morgrim : « Tu veux disparaître ? Ça peut s’arranger. »

Morgrim : « Il cherche pas l’affrontement. Il a juste essayé de nous tuer plus d’une fois, manipuler nos esprits, corrompre nos rêves, mais sinon il ne cherche pas l’affrontement. »

En une réunion, Morgrim insulte une race entière, propose une euthanasie au seigneur de Barovie et livre la meilleure réplique de la nuit, à laquelle Clovis n’a rien trouvé à répondre. Un conseil de guerre mené par un nain, c’est un conseil de guerre qui finit vite.

Le premier jet de la soirée

Clovis : « C’est le premier jet du soir, les gars ! Tout l’honneur est pour moi ! Allez, let’s go ! »

Clovis : « 8 plus… Arcane… Pas bon en arcane… Plus 1, ou 9… »

Clovis : « Je n’ai rien vu du tout »

MJ : « tu n’as pas eu de flash particulier car tu as fait un jet de merde »

Clovis : « Mais je n’ai rien ressenti de plus, car j’ai fait un jet de merde »

Cinquante minutes sans toucher un dé, une amulette qui vibre pour la première fois en dix ans, et le barde fait 9. Il l’annonce ensuite en jeu, à la première personne, en gardant le vouvoiement. Clovis est le seul personnage de Faerûn qui sait qu’il a des dés, et qui s’en excuse.

Le dé de l’hydromel

MJ : « Tu veux lancer un dé ? »

Morgrim : « Est-ce que j’ai besoin de lancer un dé ? Non, j’ai pas besoin de… Je crie à la santé des survivants ! »

Morgrim : « Non, je vais pas lancer un dé. Putain, t’es vraiment un enculé. »

Morgrim : « Quoique, attends ! Tu sais quoi ? Si, je vais le faire. Je vais le tenter, pour mon ami barde »

Morgrim : « pas de chance, ah non pardon, c’est un dé 6 que je balance »

Morgrim : « ah non attends, mais non c’est un dé 20, non, tant pis pour toi barde »

Le MJ exige un jet pour boire. Morgrim refuse, insulte, accepte, se trompe de dé, relance, rate, et prive le barde de sa chope. Six décisions en trente secondes, toutes mauvaises, avec la conviction d’un homme qui lève une chope vide aux survivants. C’est la première fois qu’un test de Constitution se solde par de la soif.

Le vœu, vu depuis la table

Morgrim : « Oh, les twins. Allez, ta gueule. »

Lorian : « je ne serai pas celui qui survit, je serai celui qui se tient entre la mort et les miens. »

Morgrim : « Oh putain. »

Le MJ envoie alors le PDF du vœu, et la table découvre la clause :

Morgrim : « au lieu de nous faire apparaître une armée ou nous faire prendre trois niveaux »

Morgrim : « Il t’a niqué le MJ, frère. »

Clovis : « What the fuck ? »

Morgrim : « C’est pas Morgrim qui aurait fait ce genre de souhait, je te le dis. »

La plus belle phrase de la campagne est accueillie par un « ta gueule » avant et un « il t’a niqué » après. Un elfe offre sa vie pour ses camarades ; la table lui reproche de ne pas avoir commandé une armée. Puis Morgrim précise qu’il n’aurait pas fait ce vœu. On avait remarqué : il était couché à côté du jambon.

20CHRONIQUES DES CHAMPIONS D’ALEAR | Ce que la mort réclame | 26 mars 2026

 

 

Capote arcanique de Mordenkainen

MJ : « Camélia n’est pas là mais Irina est en face de toi »

Clovis : « Ta gueule »

Morgrim : « elle a fait apparaître une chambre insonorisée »

Une longue conversation plus tard, Irina accepte de partager la chambre. Morgrim tient les comptes :

Morgrim : « il va être couché couille bleue pour la quatrième fois »

Puis le barde se couche, et pense à un mot :

MJ : « Quand tu penses à ce mot, un ramequin apparaît avec des centaines de capotes. »

MJ : « Tout existe en D&D. »

MJ : « Capote arcanique de Mordenkainen. »

Clovis : « Non, non, je lui caresse délicatement les cheveux en attendant qu’elle s’endorme. »

MJ : « Le tout est de savoir la décaloter, Clovis. »

Le manoir matérialise ce qu’on pense. Clovis pense à un mot, le manoir livre un ramequin de plusieurs centaines d’unités, et l’archimage, depuis ses toilettes, ajoute la notice. Devant ce miracle de la magie appliquée, le barde caresse des cheveux. Quatrième nuit, quatrième couille bleue : Morgrim tient la comptabilité, et le ramequin repart plein.

Le membre fantôme

Silat : « Il passe une tête à travers le mur. »

MJ : « il s’astique son membre fantôme »

Morgrim : « tu vois juste le corps de Godfrey sur la tête en train de s’astiquer le manche, c’est ça ? »

Godfrey, chevalier revenant, trois siècles de fidélité, veille dans la bibliothèque parce que les morts ne dorment pas. La table a tranché sur ce qu’il fait de ses nuits. Un fantôme ne peut ni manger ni mourir, mais la question de savoir s’il peut se finir a mobilisé trois joueurs, et la réponse est oui, la tête en bas.

Le vampire dans le lit

Clovis : « Je médite sur la condition de Strahd. Et je pense à Strahd quand même globalement »

Morgrim : « Oh, putain, mais le RP de merde ! »

Morgrim : « tu me fais vivre un moment intense, tu parles de Briorn et tout, là tu vas te coucher avec la petite trousse et je pense à Strahd en me couchant, je lui caresse les cheveux et je pense au vampire, merde, putain »

Le résumé de Morgrim vaut mieux que la scène. Une femme dans le lit, une main dans ses cheveux, et le dernier mot de la journée est pour un mort de six cents ans. Ce n’est plus de la méditation, c’est une adresse de contact en cas d’urgence.

Le foreshadowing pour insomniaques

Clovis : « C’est pas bien d’être méchant ! »

MJ : « t’es enculé, dans le foreshadowing t’étais en train de t’endormir »

Clovis : « Enfin je suis resté concentré. Arrête ! »

Morgrim : « c’est les gens de 85 ans qui font ça »

Le lendemain matin, en jeu, devant Mordenkainen :

Clovis : « J’ai l’intuition que Davian est revenu à la vie… Non, je rigole. C’était une blague. »

MJ : « Une blague du matin, Clovis. »

Huit minutes de pluie, de tonnerre et de corbeaux pour sortir Davian de sa tombe, et le barde pique du nez. La Barovie gagne un général, Clovis un oreiller. Le lendemain matin, c’est lui, le seul à avoir dormi pendant la scène, qui a soudain « l’intuition » du retour de Davian. Il a métagamé un rêve.

21CHRONIQUES DES CHAMPIONS D’ALEAR | Ce que la mort réclame | 26 mars 2026

 

 

La pause

MJ : « OK, les amis, petite pause pour manger. »

Morgrim : « J’ai déjà mangé, ça va, merci. On peut continuer. »

Morgrim : « tu manges pas de pizza, Kiki ? »

MJ : « Et non, j’avais mangé une il y a deux jours. Là, c’est salade. »

Morgrim : « Oh putain. »

La pause dure vingt-sept minutes. Une fois la salade digérée, le sujet est un manga :

Morgrim : « Putain, le prochain tome de Berserk, c’est pour le 28 octobre. Ça devait être cet été. »

Morgrim : « Un tome tous les deux ans pour l’été. Tu lis ça en 15 minutes. »

Clovis : « J’ai vraiment lu les 35 premiers sur mon PC comme un fils de pute à Tahiti dans ma chambre »

Un MJ qui mange une salade en pleine partie se fait huer comme un traître, et c’est mérité. Puis la table attend un manga au rythme d’un tome tous les deux ans, ce qui reste plus rapide que la sortie de Barovie, et Clovis confesse avoir lu trente-cinq volumes sur un PC à Tahiti, dans des conditions qu’il qualifie lui-même. Pendant ces vingt-sept minutes, Strahd a eu le temps de relever un mort et une sorcière. Lui ne fait pas de pause.

Le bateau du mage

MJ : « Est-ce que j’ai une tête à avoir un bateau ? »

Morgrim : « Non, pas vous. »

Morgrim : « Vous n’avez même pas une tête à avoir des cheveux, alors un bateau. »

MJ : « Bateau pliable, 3000 PO. »

Clovis : « Enculez-le ! Euh… »

MJ : « Ou sinon, il y a des rames, vous avez des bras, et vous en avez un nouveau, si vous le dites. »

Morgrim : « Je pourrais me servir de mon bras comme… Super. »

Un nain se moque de la calvitie de l’homme qui lui a refait un bras. L’homme lui répond qu’il pourra ramer avec. Le prix du bateau pliable est annoncé, et Clovis lance un « Enculez-le ! » suivi d’un « Euh… », ce qui est exactement le trajet d’un homme qui se souvient qu’il parle à un archimage. Le radeau sera construit avec les cordes de l’insulté.

La comptabilité des objets

Morgrim : « J’ai trop d’objets, en fait. »

Morgrim : « Bon, je sacrifie ces deux objets, du coup. Parce que sinon, c’est un peu cheaté, quoi. »

Morgrim : « oui parce qu’en fait j’ai déjà… je t’enculais un peu là sur le coup »

Deux heures plus tard, la session terminée, une dernière question :

Morgrim : « Et du coup, ça fait quoi qu’on soit synchronisé avec les objets ? Ça ne fait rien ? Ça ne rajoute rien ? »

MJ : « tu vas laisser ton MJ cook et tu vas fermer ta gueule »

MJ : « c’était un bouclier plus 2, terminé, de base c’était un bouclier classique »

Morgrim : « il n’a pas prévu de post-it pour ça, hein, enculé. »

Un aveu de triche en direct, deux objets magiques rendus par honnêteté, et deux heures plus tard la découverte que le bouclier pour lequel il les a sacrifiés est un bouclier. Juste un bouclier. Morgrim a vendu sa télékinésie contre un morceau de métal, et le MJ lui demande de la fermer pendant qu’il cuisine. La vertu est punie ; c’est le seul mécanisme de la campagne qui fonctionne à chaque fois.

22CHRONIQUES DES CHAMPIONS D’ALEAR | Ce que la mort réclame | 26 mars 2026

 

 

Le bilan sentimental

MJ : « du coup ils ont couché ensemble ou pas Clovis ? »

Clovis : « mais non putain je te dis, de la caresser »

MJ : « J’ai le D là. Alors, sur quelle partie du corps est-elle léchée ? Est-elle léchée la main droite ? Oh ! T’as de la chance que ça aurait pu être autre chose. »

Clovis : « Non, non, non, je te dis, je suis un gentleman. »

Morgrim : « Silat a ken Irina avant toi »

Clovis : « Laissez mon RP, laissez ma romance. Putain. »

Morgrim : « quelle romance, je lui touche les cheveux »

Morgrim : « t’as la demi-molle là, t’as dormi avec elle »

Lorian : « Tout à fait friendzone. »

MJ : « fais-moi une image de Clovis qui dort à côté d’Irina, c’est pour le lore »

La session est finie, et le MJ lance un dé sur une table de parties du corps pour établir où Irina a léché le barde. La main droite. Il aurait pu tomber pire, et tout le monde a pensé à la même chose. Clovis plaide sa romance ; le tribunal retient un bisou sur le front, une demi-molle et une friendzone. Une image est commandée pour les archives. Elle est pour le lore. Tout est pour le lore.

L’outil du scribe

Lorian : « j’ai testé Claude et j’ai préféré Claude, sauf qu’il fait pas la génération d’images »

MJ : « C’est long et limité. »

Lorian : « dans ses réponses et tout il est beaucoup plus pertinent et il varie plus aussi »

Trois heures du matin. Après la demi-molle, la table compare les assistants d’écriture pour savoir lequel dessinera Clovis de dos. La rédaction remercie Lorian pour sa fidélité, prend note du « long et limité », et confirme qu’elle ne dessine pas. Elle a lu la fin de cette conversation, et elle ne dessinera jamais ça.

23CHRONIQUES DES CHAMPIONS D’ALEAR | Ce que la mort réclame | 26 mars 2026

 

 

Garde Lysander

 

 

Fond des roasts

Coloscopie Multiverselle du Démiurge Constipé

La dernière fois, on t’avait laissé les couilles sur la table d’opération, réduit à décrire du carrelage pendant qu’un massacre royal attendait qu’on veuille bien le raconter. Un bonhomme aurait serré les dents, pris une hache et fait couler du sang. Toi, tu as nationalisé l’intestin. Ton royaume a désormais un archimage, des chambres à volonté, des révélations cosmiques et une administration centrale dont l’unique fonction consiste à nous expliquer pourquoi le patron doit aller chier. Putain, même le papier toilette a une annexe de lore, et je vais te le faire bouffer feuille par feuille.

Tout commence avec ta voix de surveillant de cantine : « C’est parti. Il n’y a pas… Où sont vos bloc-notes ? » On est venus arracher la tête d’un vampire, tu vérifies les trousses. Il y a des meneurs qui ouvrent une session en jetant un cadavre encore chaud sur la table. Toi tu fais l’appel. Ensuite tu balances un prologue solennel, une dame, des corbeaux, une menace à faire transpirer un moine, et ton archimage clôt la scène en annonçant qu’il va aux toilettes. Du destin suspendu aux phalanges d’une puissance inconnue au destin suspendu à un sphincter. Ton archimage, je le retourne comme une chaussette et je lui fais faire le transit dans l’autre sens.

Puis tu ouvres le bureau des engagements contradictoires. Untel veut Strahd mort, untel le veut livré, les morts ont leurs exigences, le Léviathan sa compassion. Une guerre, ça démarre avec un cri et une mâchoire qui saute. La tienne démarre par une réunion de copropriété avec quatre huissiers. Et les mesures sont là pour te maintenir la tête dans la cuvette : 8 701 mots, 41,1 % de tout ce qui s’est dit à cette table. Ce n’est pas du narcissisme, c’est une occupation militaire. On devrait t’attacher à une chaise et te faire écouter ton propre monologue en boucle jusqu’à ce que tes tympans demandent grâce et que tu signes n’importe quoi.

Le guichet des miracles mérite son inspection. Lorian formule un vœu d’homme, avec du sang dedans ; tu lui fais une jolie lumière, des feuilles, et tu lâches : « souhaits exaucé je t’ai mis le pdf ». La transcendance en pièce jointe. Trois secondes plus tard : « Ne lisez pas. » Tes dieux distribuent des versions provisoires comme un stagiaire qu’on devrait pendre par les pieds à la machine à café. Pendant ce temps, ton vampire déterre des morts hors champ et les remet au boulot. Lui, au moins, il a des couilles : il ordonne, il ne s’excuse pas, il ne demande pas où sont les bloc-notes. C’est ton méchant, et c’est le seul mâle de ta campagne. Le jour où il viendra pour toi, tu lui demanderas s’il a pris ses notes.

Au matin, ton bureau d’accueil atteint sa forme définitive. Les héros veulent des cordes, du transport, des renseignements ; ton mage tranche : « Sortez de ma maison. » Enfin une phrase avec du poil ! Et il les retient pour un sifflet, un bulletin météo et un avertissement à Silat. Tu vires les gens comme tu termines tes scènes : trois prolongations et un supplément. Le couronnement : « Tout archimage a sa faiblesse. Moi, c’est le transit. » Ton archimage de niveau vingt est une entrecôte mal digérée, et toi le boyau qui la retient. Reculer les années perdues, éventuellement ; évacuer une conversation, jamais.

Tu es un tampon préfectoral coincé dans le cul du multivers, et personne n’a le bras assez long pour aller te chercher. Le jour de l’Apocalypse, les vrais bonhommes se battront aux portes, torse nu, une hache dans chaque main, et toi tu détailleras le côlon de Mordenkainen sur une carte enchantée derrière un guichet fermé. On te retrouvera écrasé sous ta propre pile de fiches, la langue arrachée pour servir de marque-page, et les survivants réclameront la fin. Tu leur demanderas d’ouvrir le bon PDF.

Rompez.

 

 

Fond des roasts

Électrocardiographie Burlesque du Saltimbanque Embrouillé

La dernière fois, un loup-garou t’avait plié comme une chaise de camping et il avait fallu qu’Irina te ramasse à la petite cuillère. On espérait qu’un homme sortirait de la boue. Il en est sorti un barde. Ce soir, pas un seul coup échangé, et tu trouves quand même le moyen de te faire mal : tu fournis seul les accessoires, le dialogue et le bruit du plancher qui cède. Tu as le taux de testostérone d’une infusion verveine. Tu es un tofu qui a appris le solfège. Un bonhomme cherche l’ennemi ; toi tu es ton propre adversaire, et tu perds, et tu saignes du nez.

D’abord, ta grande proposition : comprendre Strahd, peut-être épargner des vies. Comprendre. Le type a un château, une armée de corbeaux et six siècles de cadavres dans la cave, et le poète veut lui proposer une écoute active. Tu veux visiter la crypte, éclaircir tes origines, puis expliquer au groupe que tout ça peut servir à la guerre. Une visite patrimoniale avec possibilité d’invasion, quelle formule de merde. Il y a des hommes qui règlent ça avec une masse d’armes dans la mâchoire. Toi, tu voudrais que le bourreau remplisse un questionnaire de satisfaction. On devrait te prendre par les chevilles, te faire tourner trois fois et te balancer dans la crypte pour voir si Strahd veut de toi. Il ne voudra pas. Même les morts ont des standards.

Pour établir tes références, tu sors une amulette. Tu annonces une pioche ; le MJ doit rectifier : « Ce n’est pas une pioche, c’est un marteau. » Putain, tu ne reconnais même pas un outil de bonhomme quand tu l’as dans la main. L’amulette vibre, le passé répond, le décor te tend une révélation sur un plateau ; tu examines le tout et livres cette recension : « Je n’ai rien vu du tout ». On a braqué le projecteur pour toi, tu es arrivé les paupières cousues. Un chasseur qui ne voit pas le sanglier à trois mètres, on lui reprend le fusil, on lui casse la crosse sur le crâne et on l’envoie cueillir des mûres avec le sang qui lui coule dans les yeux.

Puis tu racontes ton seul exploit : des mineurs coincés, une créature dans le noir, ton leurre musical qui fait remonter trois hommes vivants. Là, oui. Pour une fois, tu as fait un boulot d’homme avec un luth. Et il faut que tu sabotes le récit en perdant le nom du client. Beord, père de Briorn. Cinq lettres. Morgrim doit les épeler comme à un guichet de colis perdus. La scène romantique poursuit la tournée des états civils : Irina t’écoute, te parle de son frère et de ses rêves, et tu l’appelles Camelia. Plusieurs fois. « Euh… Irina, pardon. » Un bonhomme qui se trompe de prénom au lit se coupe la langue lui-même, par respect. Elle aurait dû te planter une fourchette dans l’œil et la tourner. Elle t’a laissé vivre. C’est le seul acte de compassion de toute la soirée, et ce n’est pas toi qui l’as fait.

Et pourtant, ça aboutit. Elle accepte de partager une chambre, tu insistes sur le sommeil, tu lui caresses les cheveux. Bien. Sauf qu’au milieu de cette tendresse, ta pensée repart : « Et je pense à strade quand même globalement ». Une femme dans les bras, et tu penses au vampire. Ce mec occupe plus de place dans ta tête que dans son propre château. Au matin, on te confie un chien messager ; tu t’enthousiasmes aussitôt pour ses talents de garde. Le cabot te protégera, puis il te bouffera, parce que même lui aura compris que tu es de la viande.

Tu es un blanc de poulet avec un luth, et la Barovie est un barbecue où même le chien refuse ton morceau. Le jour de l’Apocalypse, tu monteras sur les planches pour appeler l’humanité à s’aimer. On te cassera le luth sur le crâne, on jouera le reste sur tes côtes, et tu dédieras ton dernier souffle à Strahd, qui ne viendra pas, parce qu’il aura mieux à faire : tuer des hommes.

Rompez.

 

 

Fond des roasts

Biopsie Locative du Squatteur Repus

La dernière fois, on t’avait laissé pendu au biberon : deux puissances cosmiques se disputaient ta carcasse et toi tu tétais, l’œil vide, comme un veau sous la mère. On attendait le sevrage. Tu as découvert la pension complète. Ton nouveau bras vient d’être vissé, ta gratitude envers le mage est encore tiède, et tu transformes sa demeure en résidence secondaire avec accès prioritaire au buffet. Un vrai nain, on le jette dans une forge et il en ressort avec une hache. Toi, on te jette dans une forge et il en ressort une odeur de saucisse. À force d’héberger des emmerdeurs surnaturels, tu as appris leur métier : de squatté tu es passé squatteur, et c’est la seule promotion de ta carrière.

Au conseil, tu prends la présidence du syndic guerrier. Respecter les alliances, préparer la confrontation, arrêter de chercher des excuses. Là, ça parle enfin comme un homme. Sauf que la perte des années hors de Barovie ne te fait ni chaud ni froid : « tout est relatif ». Clovis pense à ceux qu’il a laissés derrière lui ; toi tu regardes l’horloge comme un accessoire, parce qu’un parasite n’a pas de famille, il a des hôtes. Puis tu reproches à Lorian son plan de retraite avec la hargne d’un propriétaire qui préfère voir l’immeuble brûler que rendre la caution. Belle gueule de guerrier. Dommage qu’elle soit vissée sur un estomac, et qu’on doive te vider comme un cochon pour retrouver le guerrier dedans.

L’amulette naine t’ouvre un étage plus intéressant. Briorn t’apparaît, tu veux l’aider, tu reconnais enfin chez Clovis quelque chose qui te touche. Pendant un instant, il y a un cœur là-dedans. Puis ta méthode d’expertise : « Je la prends dans ma main et j’essaie de la charger d’électricité. » Le barde te confie le souvenir d’un père mort, tu cherches la prise. Putain, on te présenterait ta propre mère que tu lui brancherais des pinces de démarrage sur les tétons pour vérifier la filiation, et tu demanderais qu’on monte l’ampérage.

Puis tombe la phrase qui mérite une plaque en laiton vissée dans ta bedaine, à même la couenne : « Ouais, moi je vais me pioter. Enfin, on va dire, je reste à côté du buffet et je fais juste apparaître un lit à côté. » Le manoir offre des chambres, des alcôves, une intimité façonnée par la volonté. Ta volonté a la géographie d’un côlon. Un bonhomme dort par terre, à côté de sa hache. Toi tu dors à côté du jambon, et si on t’arrache du buffet il faudra une pelle et du sel. Au réveil, le mage relève l’absurdité de ton installation et tu assumes : « J’ai juste voulu dormir à côté du buffet. » Aucune tique n’a jamais formulé son projet de vie avec autant de franchise. Les tiques, au moins, on les brûle.

Ensuite tu renégocies. Une téléportation plus près, des informations, de l’aide contre Strahd, des cordes. Le type t’a refait un bras, et tu lui tends le devis du déménagement. « Alors, je veux bien que j’ai une petite jambe, mais il n’y a pas moyen que vous nous téléportiez un peu plus près. » Un bras neuf, et tu te plains des jambes. Il aurait dû te reprendre le bras et te le faire bouffer, os compris. Quand les cordes arrivent, tu deviens contremaître : tu comptes, tu ordonnes, tu distribues le boulot. Cette énergie surgit toujours au même moment : après ta nuit au pied des provisions, quand il s’agit de faire suer les autres.

Tu es une infestation avec literie et vaisselle incluses, un ténia avec une barbe et un titre de gloire. Le jour du Jugement, les puissances qui se disputaient ton corps découvriront que tu as changé les serrures. On te pendra par les pieds au-dessus du buffet et on regardera lequel des deux tombe en premier. L’Apocalypse attendra que tu aies fini l’état des lieux et le plateau de charcuterie, et elle repartira sans toi, parce que tu seras trop lourd à porter et trop gras pour brûler.

Rompez.

 

 

Fond des roasts

Suture Dimensionnelle du Retoucheur Pointilleux

La dernière fois, on t’avait laissé en vitrine : un Gardien qui transformait une infiltration en défilé de cape, tournant sur lui-même pendant que les autres saignaient. On espérait que tu descendrais du podium pour aller cogner. Tu as changé de rayon. Ce soir tu tiens le comptoir des retouches : objectifs à raccourcir, destin à reprendre, mort qui réclame son ticket. Le multivers a mis une aiguille entre les mains d’un homme qui commence par demander si l’ourlet figure dans le contrat. Putain, l’Ancre cosmique a des conditions générales de vente. Tu es tellement mou que quand on te frappe, le poing reste dedans.

Au conseil, ta grande contribution consiste à ramener la mission à ses coutures d’origine. Récupérer l’orbe, retrouver le mage, sortir. Abattre Strahd ? « Ça ne faisait pas partie de la mission initiale. » Un homme, quand on lui met un vampire devant, il prend un pieu et il rentre dedans jusqu’au coude. Toi tu sors le patron en papier et tu vérifies où s’arrête ta prestation. La Barovie entière sent le caveau, les alliés attendent une bataille, et Silat propose de découper la partie inflammable du cahier des charges avec ses ciseaux cranteurs. Tu as la mort au cul et tu tries tes boutons par couleur.

C’est ça qui t’aggrave : tu vois les enjeux. Tu rappelles l’urgence, tu défends l’orbe pour les captifs des fioles, tu comprends qu’il faudra peut-être se battre. Tu as tout le tissu pour une décision, mais il faut le plier huit fois avant de couper. Pendant que les autres se gueulent dessus, ton héroïsme est une retouche express promise pour jeudi. Tu trouves même le temps de soutenir le récit du barde avec « Je t’en prie mon ami, que ta plume soit douce. » Que ta plume soit douce. Il y a des hommes qui encouragent un camarade en lui cognant l’épaule jusqu’à la déboîter ; toi tu lui offres du papier de soie. On devrait te coudre les paupières et te laisser sur le comptoir avec une étiquette de prix.

Vient la chambre avec Sahel. Tu sais que les Gardiens ont peut-être une autre voie pour toi ; tu ne te sens pas prêt à parler à Inyoka. Alors tu dors, et tu ranges ton équipement : le bâton de côté, une corde d’enchevêtrement à la place. Le rendez-vous avec ton ordre attendra, il faut classer la passementerie. Un bonhomme prêt à mourir aiguise son couteau ; toi tu enroules ta ficelle. Avec cette corde, un homme aurait pendu quelque chose. Toi tu feras un nœud décoratif.

Lorian obtient ensuite un pouvoir de sacrifice, la possibilité de crever à la place d’un camarade. Un geste de mâle. Et toi tu repères aussitôt « les petites lignes en bas du contrat ». Voilà ton éveil spirituel : les autres regardent les feuilles lumineuses, tu inspectes l’étiquette d’entretien du martyr. Puis, au départ, Mordenkainen t’avertit : ta mort forcée à rebrousser chemin a attiré quelque chose de sérieux. Un homme à qui on dit que la mort le cherche va la chercher le premier et lui casse la mâchoire. Toi, tu es revenu de la tombe et tu attends que le service après-vente vienne vérifier si les points tiennent. Ils ne tiendront pas. On te rouvrira le long de la couture, et ce qui en sortira sera du rembourrage.

Tu es un patron de couture dont la Mort réclame l’original, une chemise mal repassée que l’au-delà veut renvoyer à l’expéditeur. Le jour de l’Apocalypse, quand le ciel se déchirera d’un bout à l’autre, tu mesureras la longueur de l’accroc, demanderas qui a signé le devis et sortiras ta corde avec application. On fera de ta peau une nappe, elle sera enfin utile à une table. On retrouvera ton comptoir intact au milieu des ruines, et ton cadavre bien plié dessus, épinglé, avec le ticket de retrait. La commande sera toujours en attente de validation. Le bonhomme aussi.

Rompez.

 

 

Fond des roasts

Trépanation Budgétaire du Directeur Sylvestre Sacrifiable

La dernière fois, on t’avait ramassé à la spatule : aplati comme une araignée sous une botte, puis recyclé en chauffeur privé d’un alpha, seule promotion que tu aies jamais obtenue par tes propres moyens. On espérait un homme. Tu as changé de véhicule : tu veux devenir le pare-chocs. L’éternel assistant du vrai patron prend enfin une responsabilité directe, et il choisit le poste dont la fiche indique qu’on y crève à la place du collègue. Putain, Lorian. Entre la délégation intégrale et le sacrifice intégral, il existait peut-être un boulot d’homme avec des horaires normaux et une hache.

Le comité stratégique commence comme une réunion conforme à ta carrière. « Ça me remet presque en question notre but. » L’archimage a à peine tourné les talons que tu réévalues le projet. Poursuivre, respecter la parole donnée, mais garder un plan de fuite. Heureusement, tu fournis le vocabulaire : « c’est pas notre guerre plutôt c’est peut-être une bataille mais c’est pas notre guerre ». Directeur du périmètre et de la sortie de secours. Le vampire tient tout le pays sous sa botte et toi tu demandes si la libération entre dans les objectifs du trimestre. Un bonhomme ne demande pas si c’est sa guerre. Il demande où sont les têtes à couper, combien il peut en porter, et s’il y a un sac.

Ensuite, hébergement. Les autres réclament un lit, une chambre, un cercueil ; toi tu commandes ton espace vert. « Moi, je vais faire comme dans le manoir, c’est-à-dire que je vais essayer de créer un petit coin de verdure ». La magie te fabrique une forêt miniature. Le prince mineur dans son bureau végétalisé, avec isolation arcanique et feuillage sur mesure. Il y a des druides qui dorment dans la boue, contre le flanc d’un ours, et qui se réveillent avec des tiques et un sourire. Toi tu as un ficus avec un titre nobiliaire. Tu es un druide qui a peur des orties. On devrait te planter dans la terre jusqu’au cou et attendre de voir si quelque chose pousse. Rien ne poussera. Même les vers feront le tour.

Puis tu fais ce putain de vœu. Tu veux pouvoir te tenir entre les tiens et la mort, sauver quelqu’un si le drame recommence. Et ça marche : tu pourras échanger ta place avec un allié frappé, quitte à recevoir le coup fatal. C’est un choix d’homme, un vrai, avec des couilles, et c’est précisément ce qui m’énerve : tu viens de ruiner une carrière entière de lâcheté en une phrase, espèce de salaud altruiste. Mais tu l’as prise avec le ton d’un type qui souscrit un abonnement sans lire les conditions. « J’ai pas lu tout, normalement, non ? » La clause porte sur ta vie, directeur. Pas sur la machine à café. Tu veux prendre le coup à la place d’un autre ? Très bien. Je te fends en deux d’un coup de hache et je garde les deux moitiés comme serre-livres.

Tu ajoutes qu’il faudra en faire « un mouvement judicieux. » Magnifique réserve managériale au bas du contrat de sacrifice. Puis le matin arrive, et l’ancienne direction logistique revient au galop. Les barques manquent, le bateau coûte trop cher ; ta proposition fuse : « On démonte le pont. » Enfin une politique d’investissement virile : démolir l’infrastructure à mains nues. Le pont étant en pierre, on devrait plutôt te broyer le crâne entre deux de ses blocs pour vérifier lequel cède en premier. Le chantier retiendra le bois voisin ; tu finis par contribuer au radeau et à sa voile de feuilles. Même quand tu deviens un héros, ton service fournit la déco.

Tu es le directeur de la protection qui s’est inscrit lui-même dans la colonne des consommables. Le jour de l’Apocalypse, tu échangeras peut-être ta place avec un ami et tu crèveras comme un homme, le crâne ouvert, debout. Puis l’enfer recevra ta réclamation : une mort exemplaire, certes, mais sans indemnité, sans préavis, et on t’aura planté le ficus dans le cul, racines en premier, pour que tu aies enfin un lien physique avec la nature.

Rompez.

 

 

Codex illustré

 

 

Ce que la mort réclame — étude C
24

 

 

La parole donnée — étude A
25

 

 

La parole donnée — étude B
26

 

 

La parole donnée — étude C
27

 

 

Ce que la pierre reconnaît — étude A
28

 

 

Ce que la pierre reconnaît — étude B
29

 

 

Ce que la pierre reconnaît — étude D
30

 

 

Entre la mort et les miens — étude A
31

 

 

Entre la mort et les miens — étude B
32

 

 

Entre la mort et les miens — étude D
33

 

 

Le courant et le sursis — étude A
34

 

 

Le courant et le sursis — étude B
35

 

 

Le courant et le sursis — étude D
36

 

 

Ce que la mort réclame — quatrième de couverture — étude A
37

 

 

Ce que la mort réclame — quatrième de couverture — étude B
38

 

 

Ce que la mort réclame — quatrième de couverture — étude D
39

 

 

La dame aux corbeaux
40

 

 

L'amulette de Beord
41

 

 

Lorian dans l'alcôve de feuilles
42

 

 

Le barde dans la bibliothèque
43

 

 

Partager votre sommeil
44

 

 

Le baiser sur la main
45

 

 

Godfrey passe une tête à travers le mur
46

 

 

Le chœur des témoins
47

 

 

Le radeau sur la Luna
48

 

 

Ce que la mort réclame

Une nuit à l’abri ne suffit pas à désarmer la Barovie.

Chez Mordenkainen, les Champions cherchent une issue. Leurs alliés attendent des promesses qu’ils ne pourront peut-être pas toutes tenir. Une amulette rapproche deux compagnons ; un vœu engage une vie ; la confiance d’Irina ébranle les certitudes de Clovis.

Mais au-delà des murs, Strahd suit leurs traces. Et dans un lieu où le temps s’arrête, une dame regarde le fil de Silat.

Certains retours parmi les vivants n’ont pas été consentis.


Quatrième de couverture